Modeste Hugues : De Betroka à Londres
1 septembre 2022 // Musique // 16975 vues // Nc : 152

Installé à Londres depuis bientôt 30 ans, Modeste Hugues est un des ambassadeurs de la musique traditionnelle malgache. Il est reconnu pour ses jeux de guitares, sa voix hypnotique et ses performances scéniques.

Auteur, compositeur et guitariste, Modeste Hugues s’est produit dans de nombreux festivals internationaux comme le London Jazz Festival, le London African Music Festival ou le festival World of Music Arts and Dance (WOMAD). Il est souvent appelé à jouer en direct sur les programmes de radio de la BBC, notamment les émissions Radio 2 de Janice Long et BBC London de Charlie Gillett, tout en se produisant dans des boîtes réputées de Londres comme le Kashmir Club. « C'est un super endroit où tous les musiciens sont les bienvenus pour jouer en solo ou en groupe. Le public est vraiment réceptif et varié. C'est aussi un endroit idéal pour rencontrer d'autres musiciens, et tous les concerts sont diffusés en direct tous les soirs sur le net. » C'est d'ailleurs là qu’il fait la rencontre de Dale Hansen, un percussionniste et ingénieur du son qui a travaillé avec lui pour produire son premier album solo. Sa présence dans les festivals internationaux lui a permis de partager la scène avec d’énormes pointures comme Cesaria Evora, Yvonne Chaka Chaka, Mory Kante et Lokua Kanza.

Il faut dire que le Malgache est reconnu pour ses performances uniques et ses jeux de guitare exceptionnels. Né à Betroka, dans la partie nord-est de la région Anosy, il a grandi dans une famille de musiciens, entre une mère chanteuse et un oncle qui joue de l’accordéon. Il découvre la guitare tardivement, à l’âge de 15 ans. « J’ai emprunté la guitare d’un voisin parce que j’aimais bien les sons qu’il en tirait. Malheureusement, il a quitté le village et la guitare avec. J’ai donc décidé de m’en fabriquer une moi-même, dans l’atelier de notre lycée où mon père était enseignant. Les cordes étaient en fil de pêche, j’étais obligé de tenir la guitare tout près de moi pour entendre le son. » Au fil du temps, il découvre d’autres sonorités, notamment celles du marovany, une guitare traditionnelle de 24 cordes qui se joue comme la kora dans l’ouest africain. « À l’époque, je jouais également dans un groupe avec mon frère Zaniry Albert durant les fêtes de village. » Mais pour son père, les études sont importantes. Il encourage donc son fils à obtenir son diplôme d’ingénieur et Modeste s’envole vers la Bulgarie, à 26 ans, grâce à une bourse de l’Unesco pour des études en génie électronique. « Les études étaient prenantes mais je jouais durant les fêtes. Ensuite, j’ai rencontré ma femme, qui est Grecque, et nous avons déménagé là-bas où j’ai travaillé comme ingénieur. Ce n’est qu’en arrivant à Londres que j’ai décidé de me consacrer uniquement à la musique. »

Sa musique est bien sûr inspirée des rythmes de sa région, mais avec des influences de danses sud-africaines et hawaïennes, un peu de gospel et même du soukous. Deux albums solos, Modeste suivi de Fomba/Living Your Destiny (2003), ont fait parler de lui dans la presse internationale. Selon le quotidien britannique The Independent, il est un excellent musicien, aussi bien à l’aise avec la guitare rythmique qu’avec la guitare solo (lead guitar). De telle sorte qu’on se demande toujours sur scène où se cache le deuxième guitariste ! Artiste engagé dans la cause environnementale, Modeste Hugues a collaboré avec un autre musicien de renom, Kilema (Clément Randrianatoandro), originaire de Toliara (Tuléar) mais vivant en Espagne. Ensemble, ils ont sorti l’album Green World /Ala Maintso, en 2019, avec des jeux de voix, de guitares, de marovany et de percussions magistraux. Aujourd’hui, il enregistre de nouvelles chansons pour son prochain opus, mais c’est vraiment sur scène, vibrant avec son public, qu’il se sent le mieux.


Aina Zo Raberanto

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