Musée du Nord : Latérite et polaroïds
6 août 2025 // Sortir // 5314 vues // Nc : 187

Décrit par son fondateur Christian Ratovoarisoa comme un « musée 2.0 », le Musée du Nord à Ambohitrolomahitsy casse les codes. Ici, pas de cimaises blanches ni d’audioguides, mais des routes de campagne cabossées à parcourir en deudeuche décapotée. Plus qu’un musée au sens classique, c’est une expérience immersive, encore en chantier — au sens propre comme au figuré.

Le projet entend exposer « la vie quotidienne des Malgaches » en la vivant directement. Pour y accéder, il faut réserver sa journée et quitter Antananarivo pour Ambohitrolomahitsy. La route elle-même fait partie du dispositif muséal. Et la voiture ? Un musée ambulant : vieux téléphone à cadran sur la banquette arrière, objets artisanaux en vrac, quelques rapports de stage égarés. Le tout entassé dans une 2CV6 couverte de tags laissés par les visiteurs précédents. Sur la route, impossible de passer inaperçu — une expérience en soi, pour qui assume les regards. « La voiture est une métaphore de la vie malgache. Malgré son apparence, elle est en règle et fait sourire. Combien de sourires as-tu récoltés jusqu’ici ? » lance-t-il, en tapotant sa Citroën 2Cv. Une philosophie de la débrouille, version piste en latérite.

Sur place, le musée s’étend sur plusieurs sites aux noms évocateurs : le « Little Black Lake », asséché en hiver ; la « Route 33 », tranquille, où l’on peut poser devant une carcasse de voiture ; un champ de bataille de Ralambo dominant une rizière, avec un rocher surnommé Simba en clin d’œil au Roi Lion ; un village abandonné et un autre, habité mais silencieux, où se trouve le cœur du musée : une vieille maison, dont une salle est baptisée « la maison à l’envers ». Ici, pas de vitrines bien éclairées : plutôt des polaroïds en noir et blanc, des citations imprimées sur Word et un assemblage d’objets hétéroclites qui interrogent la démarche curatoriale… s’il y en a une. Ratovoarisoa privilégie une approche symbolique et pédagogique plus qu’historique. On y parle tradition orale, bonnes manières à la malgache et… agriculture.

Dernier site inscrit sur la liste manuscrite remise à l’arrivée : le « début d’autoroute de Madagascar », visible depuis la varangue du musée. L’un des cogérants confie que l’ouverture de cette infrastructure pourrait booster le projet. Pourquoi pas. En l’état, le Musée du Nord relève d’un tourisme rural à haut potentiel… encore largement inexploré. Il faut avoir le dos solide pour passer d’un site à l’autre, mais les paysages alentour compensent les cahots. Pour la suite, l’équipe mise sur la randonnée et la valorisation des parcours à pied.

Mpihary Razafindrabezandrina

Téléphone : 0342052080 / 0342222264

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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