Il y a deux ans, personne ne connaissait son nom. Aujourd'hui, Rija Ramanantoanina, Reko Band et le groupe Zay se le disputent. Mickael Ratera joue de l'harmonica — et cette petite boîte en métal, entre ses lèvres, change tout.


Il y a quelque chose d'un peu vertigineux dans la trajectoire de ce garçon discret. Pas de bruit, pas de campagne de communication, pas d'attaché de presse. Juste un souffle — et soudain, les plus grosses pointures du showbiz malgache qui se retournent. Sur scène, sa présence change la couleur d'un concert, mais pas de manière tapageuse. Subtilement, comme quand une épice bien dosée transforme un plat qu'on croyait connaître. L’histoire d’amour commence par la guitare et une passion dévorante pour le flamenco. En regardant les doigts de Paco de Lucía, son regard tombe sur Antonio Serrano, virtuose espagnol de l'harmonica chromatique. Le déclic a été immédiat. « Je n'ai pas choisi l'harmonica, c'est l'harmonica qui est venu vers moi », confie-t-il ce garçon qui a trouvé sa voie par accident.
Sans instrument professionnel au départ, il bricole, improvise, développe une signature organique qui doit plus à l'instinct qu'au solfège. Son terrain de jeu : le chromatique, couteau suisse du mélodiste, et le diatonique, l'instrument des bluesmen — celui que Sonny Boy Williamson ou Little Walter ont porté au rang d'art majeur. Mickael en fait autre chose. « Parfois, j'ai l'impression de souffler un violon ou une guitare, pas juste un harmonica », s'amuse-t-il. C'est précisément cette approche — presque sauvage, résolument libre — qui circule sur les réseaux sociaux et attire l'œil bienveillant de Mahe Dera, qui lui envoie ses premiers instruments sérieux depuis l'étranger. La suite va vite. « Sur scène, je ne récite pas, j'improvise selon la vibe de la salle », dit-il. Les artistes qui l'invitent une fois le réinvitent toujours. Il y a une logique là-dedans.
Puis vient l'invitation du World Harmonica Festival de Trossingen — le grand rendez-vous mondial, qui n'a lieu que tous les quatre ans. Édition 2025, dixième du nom. Jouer aux côtés d'Antonio Serrano, son idole d'enfance. Le rêve absolu. Sauf que le festival tombe pile sur ses examens de Master. « J'ai dû choisir », dit-il simplement, avec cet air légèrement triste de quelqu'un qui a fait le bon choix mais qui s'en souviendra longtemps. Le festival lui a déjà renouvelé l'invitation pour la prochaine édition. L'histoire n'est pas finie — elle n’est qu’une partie remise.
Tatiana Randriamanakajasoa
Contact Mickael Ratera : 034 65 218 16