À trente kilomètres de Mahajanga, sur des collines que les anciens décrivent encore comme des forêts primaires il y a cinquante ans, une ONG franco-malgache travaille à rebâtir ce que des décennies de déforestation ont détruit. La Forêt Retrouvée ne plante pas des arbres pour faire bonne conscience. Elle reconstruit un territoire.


L'histoire commence par une rencontre — celle d'Ange, Français d'origine corse parti vivre sur la Grande Île, et de Judith, Malgache originaire de Mahajanga. Ensemble, ils décident de tenter quelque chose qui ressemble, au premier abord, à un pari un peu fou : reboiser Madagascar en intégrant pleinement la population locale au projet. Le premier terrain — 35 hectares ayant subi une déforestation presque intégrale — est suivi, dès janvier 2020, de 100 hectares supplémentaires adjacents. Aujourd'hui, 135 hectares ont été acquis, et Lionel Freyssenon, directeur général de l'association, poursuit l'aventure avec une équipe ancrée sur place. « C'était presque un désert », se souvient-il. Les feux de brousse y éclataient parfois jusqu'à dix fois par an, dans une région où la cuisine au charbon de bois a longtemps été le principal moteur de la déforestation. Ravintsara, acacias, citronniers, anacardiers — les espèces replantées sont choisies pour leur capacité à restaurer les sols autant que pour leur utilité économique locale.
Ce qui distingue La Forêt Retrouvée d'une simple opération de reboisement, c'est sa conviction que la forêt ne renaît jamais seule. « Nous accompagnons le processus, mais nous laissons aussi la nature choisir. Sur le temps long, elle est souvent plus intelligente que nous », explique Lionel Freyssenon. Autour de cette logique de régénération naturelle assistée, l'association a construit un projet de territoire complet : une école reconstruite, des enseignants accompagnés, un programme de parrainage permettant à des enfants de poursuivre leurs études à Mahajanga, un dispensaire assurant des soins de base et des campagnes médicales régulières. La protection des bassins versants et la restauration des habitats naturels pour les espèces menacées font également partie des objectifs de l'ONG. La forêt, ici, est pensée comme un écosystème social autant que naturel.
Le résultat le plus éloquent reste peut-être cette mobilisation spontanée qui se produit désormais lors des grands feux. « Des dizaines de personnes viennent aider », raconte Lionel Freyssenon. Habitants, familles, jeunes du village — tous accourent avec les moyens du bord pour protéger les parcelles renaissantes. Sur ces 150 hectares qui portaient encore les cicatrices des flammes, la végétation réapparaît, les sols retrouvent de la vie, certaines espèces animales reviennent timidement. Rien de spectaculaire au premier regard. Un mouvement lent, profond, presque silencieux — mais irréversible.
Lucas Rahajaniaina
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Photos fournies par La Forêt Retrouvée