Joany Paoly : Pause longue durée
13 décembre 2025 // Arts Plastiques // 4040 vues // Nc : 191

En plein hiatus pour réfléchir à la manière de renouveler sa pratique photographique, en réponse à ses ressentis personnels et aux questions soulevées par l’arrivée de l’intelligence artificielle, Joany Paoly a accepté de signer la couverture de No Comment.

« Je n’ai pris aucune photo cette année, même pas lors d’événements familiaux », assume Joany Paoly, photographe. Lui, il est imperméable aux injonctions à produire en perpétuité. Autoproclamé « lent », il s’est offert non pas une mais deux années sabbatiques, convaincu que l’appui sur le déclencheur n’est qu’une étape d’un processus plus vaste : celui de l’acte photographique.

Le temps de réflexion, pour lui, occupe la plus grande part. Ce moment de recherche avant même de saisir son appareil a toujours façonné son évolution. Ses travaux portent sur l’espace, le temps et la lumière, des thèmes qu’il explore au gré de ses humeurs et des saisons, avec une hyperactivité notable en avril. Depuis ses débuts au club photo du CGM en 2010 jusqu’à aujourd’hui, en passant par un atelier à Hakanto Contemporary en 2021, il poursuit la même quête : capturer la lumière idéale, fugace et insaisissable. Au fil du temps, il est ainsi passé de compositions conceptuelles en noir et blanc à des images plus abstraites, mais en couleur.

Cette fois-ci, de nouveaux éléments s’ajoutent à ses recherches : l’isolement des individus dans le monde post-Covid, ses ressentis personnels, et surtout, la grande question du moment, celle de l’intelligence artificielle. « L’IA nécessite réflexion. Peut-être qu’il y aura un label de certification humaine, comme il existe déjà des labels bio. Pour continuer à être photographe en sa présence, je dois la dépasser », dit-il avec fermeté.

Alors, Joany Paoly privilégie désormais une approche plus pluridisciplinaire. Sans révéler davantage les nouvelles compétences qu’il a acquises cette année pour nourrir sa pratique photographique, il évoque aussi son envie de revenir à l’argentique, plutôt qu’à la photographie numérique, afin de retrouver ce « toucher » que l’IA ne peut pas encore reproduire. Sur les photos elles-mêmes, il préfère le grain aux images trop polies.

Il en résulte des photographies qui récompensent une attention prolongée. Pour Joany Paoly, c’est le spectateur qui complète la photo. « Pour une photo commerciale, les dix premières secondes sont cruciales. Pour les miennes, c’est l’inverse : on peut ne rien y comprendre pendant un an puis, lentement, certains détails apparaissent. La photo est une invitation à un dialogue entre le spectateur, ses ressentis et ses souvenirs, plutôt qu’une finalité en elle-même », explique-t-il, tel un grand enseignant.

Bien que retiré avec ses photos pour un temps indéterminé, Joany Paoly reste attentif au milieu artistique à Antananarivo. Il salue les nouvelles opportunités offertes aux artistes, mais rappelle l’importance de rester intègre à son art. « Ces institutions nous poussent souvent à courir, alors que chacun a son propre processus créatif. Il faut aussi plus de travail qu’avant, car les artistes s’influencent mutuellement dans ces milieux. Il faut donc pousser sa recherche plus loin pour éviter les similarités », suggère le photographe.

Mpihary Razafindrabezandrina

034 43 175 86

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir