Isaac Azaly « Dans la déconstruction et le désordre, j’ai découvert une certaine liberté »
14 mars 2024 // Arts Plastiques // 8256 vues // Nc : 170

Originaire de Mahajanga, Isaac Azaly est un artiste peintre qui imprègne son identité et son langage artistique dans chaque œuvre. C’est cet artiste autodidacte qui signe la couverture du no comment® magazine de ce mois-ci, laissant son empreinte indélébile aussi bien dans le numérique que dans le monde physique de l’art.

Que représente l’œuvre sur la couverture du magazine ?
Cette œuvre numérique fait partie d’une nouvelle série, succédant à l’exposition « Isegno » (Y penser) en variante régionale Betsimisaraka, que j’ai présenté à la galerie Mozaïk, Antsahabe en décembre 2023.  Bien que l’œuvre n’ait pas encore de nom défini, elle est en constante évolution. L’exposition explore la réflexion autour de l’impact des réseaux et des profils numériques. Pendant environ un an et demi, j’ai examiné comment les profils numériques peuvent conduire à des interactions parfois violentes ou faciliter le partage d’idées sur la société. Durant le confinement, l’utilisation des réseaux m’a permis de suivre l’évolution de mon travail, mais j’ai également constaté une forme de violence inhérente à ces plateformes. Cette observation a été le point de départ de mon travail : comprendre le langage actuel entre différentes générations, profils et débats sur les réseaux.

En tant qu’artiste, je me suis interrogé sur la démarche que je pouvais proposer. C’est ainsi que l’idée de l’exposition a émergé, explorant le problème de langage contemporain à travers le collage et la pixellisation du corps, qui symbolise la juxtaposition d’images correspondant parfois à la réalité, parfois déconnectées de celle-ci.

Vos débuts artistiques ?
Je suis un artiste visuel malgache. En 2010, ma transition vers une vie consacrée à la peinture a débuté. Adolescent, ma passion pour le dessin et les couleurs a été influencée par des mangas tels que « Akira » et « DBZ », ainsi que par les jeux vidéo, le cinéma, et les bandes dessinées accessibles à l’époque à Madagascar. Contraint de quitter le pays en 2002 en raison de la crise politique, j’ai eu la chance de poursuivre mes études à Lyon, forgeant ma conscience face à la double culture. Les couleurs, la musique, les textes de rap, et l’apprentissage de la vie ont été des éléments clés de mon expérience. Le retour en 2007 a marqué mon engagement dans la créativité sous toutes ses formes, perçue comme une voie prometteuse pour la génération « oubliée ».

Œuvre Numérique Ni Par Ciel Sec 2021
Engalia
Acrylique sur toile
140x140cm
Année 2017
Œuvre Numérique Etats Second
2022
Awanay 66x44cm Digital Art
Année 2018

Pouvez-vous nous expliquer votre démarche artistique ?
Après l’exposition « Isegno », j’ai introduit des volumes dans mes œuvres pour justifier la difformité. Dans mes explorations de déconstruction et de désordre, j’ai découvert une certaine liberté. La quête de singularité et de paix m’a conduit à combiner ces éléments à travers mes créations. En tant qu’artiste polymorphe, j’apprécie diverses techniques et suis constamment en quête de nouvelles expériences. En ce moment, je m’engage dans des œuvres qui se dégradent en utilisant différentes perles de manière délibérée. Cela symbolise le langage primaire de l’homme avec l’accès à la technologie, remontant au morse et aux premiers échanges humains. Puis, j’utilise également des détritus, non pas par écologie, mais pour symboliser le verbiage parfois considéré comme des déchets.

Qu’en est-il de l’œuvre numérique ?
Lorsque je travaille sur des œuvres numériques, la rapidité d’exécution offre une infinité d’idées à explorer. Je n’utilise jamais la couleur verte dans ma démarche artistique. Pour moi, cette couleur est prétentieuse, porteuse de pression et agressive. Bref, ces idées ont émergé depuis 2009 dans un carnet, évoluant des collages manuels à des retranscriptions sur Photoshop. En effet, l’idée du numérique a pris forme pendant le confinement, mais certaines œuvres numériques restent privées. En parallèle, je crée également des vidéos artistiques. Actuellement, je n’ai pas de projets en cours. Cependant, en avril, j’ai des projets futurs en préparation, qu’ils soient numériques ou sur toile. Les détails restent confidentiels pour le moment.

Propos recueillis par Cedric Ramandiamanana
Contact Isaac Azaly : +261 32 89 125 00
Facebook : Isaac Azaly

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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