Les rues d'Antananarivo sont un immense marché à ciel ouvert où l'on peut vendre n'importe quoi — à condition d'avoir la bonne idée au bon moment. Georges a trouvé la sienne il y a quelques années en glissant du Cola dans une thermos pour le vendre brûlant entre les voitures. Une boisson chaude dans le ventre quand on est coincé dans les embouteillages, surtout par ce froid hivernal des Hautes Terres — difficile de faire plus pertinent.

Tout tananarivien qui prend la route aux heures de pointe les a déjà vus — ces jeunes hommes qui slaloment entre les pare-chocs avec un sac à dos et cette phrase d'attaque imparable, « Thé Cola, Mesié ». Le produit est simple — du cola transformé en thé, sucré, crémeux, brûlant — mais il répond à un besoin réel. Le cola, en particulier, est une boisson que les hommes malgaches affectionnent particulièrement pour ses vertus tonifiantes et stimulantes, un rituel de sociabilité autant qu'un carburant du quotidien. « Les autres ont appris, mais le nôtre reste différent », affirme Georges — Rakotonindriana Lantosoa Georges de son nom complet — avec la sérénité de quelqu'un qui sait exactement ce qui distingue son produit.
Ce qui distingue Georges, c'est d'abord un refus viscéral de l'immobilisme. Son CV ressemble à un couteau suisse — vente de vêtements au marché d'Anjoma dès l'adolescence pour aider sa grand-mère, départ à Mahajanga à 16 ans, puis autodidacte, formateur en informatique et en anglais, assistant juridique, vendeur de CD, de friperie, de téléphones…
« J'ai traversé beaucoup d'expériences différentes », raconte-t-il. Passionné de lecture, il s'est surtout formé lui-même. « Il ne faut jamais dire qu'on n'a pas le temps » — une phrase tirée de ses lectures, qui résume assez bien sa façon d'avancer. C'est à Mahajanga, en observant la vente de jus de rue, qu'il commence à penser autrement le commerce ambulant.
L'idée du thé cola naît en 2017, à 67 Ha. Un cola l'inspire — pourquoi ne pas le transformer en thé et le vendre très chaud ? Les débuts sont cahoteux. Une glacière qui fuit, le breuvage perdu, retour à la case départ. « Je suis rentré à la maison et j'ai cherché comment améliorer le système. » Il teste, modifie, traque les bonnes solutions jusqu'à Ambalavao Isotry. La recette se construit — poudre, gingembre, quelques ingrédients gardés jalousement secrets. Distridrink prend forme, 25 équipes sillonnent aujourd'hui Antananarivo, et le thé cola — passé de 500 à 1 500 ariary — a même trouvé sa place à l'Escalier 89. « Les projets sont nombreux », annonce Georges, déjà sur de nouveaux produits.
Lucas Rahajaniaina
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Photos : Andry Randrianarisoa