Doc Choc : Caméra sans confort
13 juillet 2025 // Media & Add-0n // 5182 vues // Nc : 186

Un cimetière oublié, une nuit sous tension, un quotidien qu’on préfère ne pas voir ? Doc Choc, l’émission coup de poing, menée par deux raconteurs d’histoires réveille les consciences en explorant ce que la société tait. Et si l’émotion était un outil journalistique ?

Doc Choc, ça vient d’où ?
HR : L’étincelle, c’est Misy Raha La Terre, cette émission coup de poing qui poussait à réfléchir. J’en étais mordu. J’aurais aimé la reprendre, mais les choses ne se sont pas faites. Alors j’ai proposé qu’on en crée une autre. L’équipe a dit oui, et le nom Doc Choc est né. Depuis notre premier tournage en 2022, je bosse étroitement avec Sitraka – réalisateur et monteur. Il est de ceux qui sentent la direction à prendre. Il propose, on affine, on construit.
SL : Notre tout premier sujet portait sur le mausolée d’Anjanahary. On en préparait d’autres en parallèle, mais celui-là s’est imposé. Le but, dès le départ, c’était de braquer la lumière sur des métiers, des situations, des réalités que tout le monde voit… mais que trop souvent, on préfère ignorer. Ou ne pas comprendre.

Comment choisissez-vous vos sujets ?
HR : On part toujours d’une interrogation. Ce qui titille le public, ce qui provoque la curiosité. Et on cherche le point de bascule : le détail qui choque, mais qui éclaire. Pour Anjanahary, par exemple, ce sont les responsables sur place qui nous ont orientés vers les images de la fosse commune. Le sujet nous a sauté à la gorge. Parfois, l’idée germe en regardant d’autres émissions. C’est le cas avec Eo Ara Hoe : c’est en la regardant qu’on a décidé d’aller au centre AKA.MA, à 67ha. Doc Choc a trouvé son public, même si ce n’est jamais facile de provoquer juste ce qu’il faut. On ne se fixe aucune limite thématique. Paradoxalement, c’est dans les recoins inattendus que l’émission gagne sa force. Dans un geste, une phrase, une scène que rien n’avait annoncée.

Quid des âmes sensibles ?
HR : C’est un vrai défi. Quand on a traité le sujet de la drogue, on a montré des images frontales : des jeunes qui fument, qui s’injectent. Certains ont cru qu’on banalisait. D’autres ont compris qu’on exposait une chute, une vie qui se délite. On pèse chaque image, chaque angle, pour provoquer une prise de conscience, pas un malaise gratuit.

Quelle était le numéro le « choc » ?
HR : Le choc ne rime pas toujours avec tragédie. J’ai eu l’immense chance de discuter avec une femme de 105 ans, sur sa vision du temps, de la vie. Ça marque. Mais l’épisode Voninakazon’ny alina, sur les travailleuses de nuit, m’a retourné. Une scène en particulier : une prostituée, à l’aube, fatiguée, errant sans client. Derrière la provocation, il y avait une solitude brute, presque palpable.
SL : Ce même épisode, je m’en souviens comme d’hier. On veut capter du vrai, sans mise en scène. Cette nuit-là, j’ai été pris à partie par certaines prostituées. Elles ne voulaient pas qu’on filme. J’ai dû cacher ma caméra, jouer la transparence. Un tournage, c’est souvent l’imprévu. On passe des jours, des nuits, à chercher ce qui fera vibrer. Et parfois, le choc arrive quand on ne l’attend plus.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Contact : +261 34 08 826 88

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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