Pour la neuvième fois consécutive, Madagascar sera parmi les plus de 190 pays représentés au First Global Challenge — ce mondial de la robotique qui réunit chaque année des lycéens du monde entier. La FGC Team Madagascar, double championne du monde en 2024 à Athènes et en 2025 à Panama, repart avec une ambition intacte et un projet qui fait déjà parler. Cette équipe a tout pour décrocher une troisième médaille d'or de suite — et elle le sait.

Ce lundi matin d'août, ils sont dix autour d'une table. Entre 13 et 17 ans, garçons et filles, lycéens. Mais la conversation qui se tient là ressemble moins à une réunion scolaire qu'à une session de brainstorming dans un laboratoire de pointe à Silicon Valley. Les arguments fusent, les idées se croisent, se heurtent, s'affinent. Ny Avo Hasiniony, programmeuse et capitaine de l'équipe, tient le fil avec une autorité tranquille. Ce qu'ils concoctent là, c'est le projet qu'ils présenteront en Corée du Sud du 7 au 10 octobre, dans le cadre du First Global Challenge 2026. Une compétition de type olympique organisée par FIRST Global — l'International First Committee Association — qui réunit chaque année des lycéens de plus de 190 pays autour d'un défi technologique commun. Depuis sa première édition en 2017, Madagascar n'a jamais manqué le rendez-vous, figurant systématiquement dans le top 5. En 2024 à Athènes, le thème portait sur l'énergie propre — médaille d'or. En 2025 à Panama, il s'agissait de l'accès à l'eau — médaille d'or encore. Deux titres mondiaux consécutifs, discrets comme une fusée qui décolle sans faire de bruit.
Cette année, le thème s'appelle Igniting Innovation — gestion des feux de forêt, sécurité et résilience environnementale. Et le sujet touche l'équipe de près. « Le feu de forêt est un problème d'actualité dans le monde. Et à Madagascar, c'est un problème récurrent auquel il faut trouver une solution innovante et pérenne », lance la programmeuse. La Team Madagascar a choisi de se positionner sur la catégorie « lutte » du NTE Challenge — New Technology Experiences — avec une solution déployée sur trois niveaux d'intervention simultanés. Sous terre, des robots foreurs suivront le foyer de chaleur et projetteront de la fumée pour stopper le feu à la source. Au sol, des robots détecteront les changements atmosphériques et libéreront un liquide compressé. Dans les airs, des drones autonomes pilotés par intelligence artificielle analyseront la fumée pour repérer les départs d'incendie en temps réel. « Nous allons envoyer des robots là où c'est dangereux pour les hommes », explique Cathalia Rakotondrazaka, responsable Média-Press de l’équipe. « Les statistiques des incendies en France au mois de juillet font froid dans le dos. Et on ne parle pas encore des pertes qu'on ne comptabilise pas à Madagascar », surenchérit Ny Avo. Des pompiers blessés, des vies perdues, une biodiversité déchiquetée par les flammes — autant de réalités que ces adolescents ont décidé d'attaquer frontalement, avec du code et de l'ingénierie.
Le matériel — jusqu'à la moindre vis — est fourni par FIRST Global à chaque équipe participante. Même kit, mêmes pièces, même point de départ pour les 190 nations. L'égalité des conditions, principe fondateur de la compétition, garantit que c'est bien l'intelligence et la créativité qui font la différence. Cinq des dix membres s'envoleront pour Séoul, les cinq autres assurant le soutien logistique depuis Madagascar. Le projet a été soumis — l'attente de sélection est en cours. Mais l'essentiel est déjà là, dans cette salle où des lycéens malgaches débattent comme des ingénieurs, et rêvent comme des champions du monde. Ce qu'ils sont, d'ailleurs, deux fois déjà.
Solofo Ranaivo