Emmanuel Cotsoyannis « Les entrepreneurs ont besoin de financement et d’accompagnement »
15 février 2024 // Entreprendre // 5096 vues // Nc : 169

Et si le secteur privé était la clé du développement ? Cela ne fait aucun doute pour Emmanuel Cotsoyannis, fondateur et directeur général de Miarakap. De 2018 à aujourd’hui, cette structure a financé et accompagné 45 entreprises dans toute l’Ile. De l’agrobusiness au digital, en passant par la microfinance et l’éducation, Miarakap soutient les entrepreneurs d’impact dans un environnement difficile.

Pourquoi avoir créé Miarakap ?
J’ai fait mes études en France après avoir grandi à Madagascar avec des parents entrepreneurs.
J’ai créé et développé des entreprises que j’ai eu la chance de vendre en 2015. Quand je suis rentré à Madagascar, j’ai été frappé par le nombre d’entrepreneurs, pas très élevé : j’en ai rencontré 200 ou 300, soit un tiers des entrepreneurs dynamiques du pays.
Au niveau national, il n’y avait que quelques centaines qui travaillaient à une échelle importante, qui étaient formels et avec des ambitions de développement.
Ce ne sont pas quelques centaines ni même quelques milliers d’entrepreneurs qui suffiront à créer des jobs pour 27 millions d’habitants, il en faut des dizaines de milliers.
Donc, plutôt que d’être entrepreneur, j’ai décidé de monter une entreprise qui aide les entrepreneurs.

Vous ciblez plutôt les Petites et Moyennes Entreprises (PME) ?
J’ai étudié les propositions des autres acteurs du financement à Madagascar : les banques, les institutions de microfinance. Je me suis rendu compte que non seulement ils ne proposaient pas d’accompagnement, mais qu’en plus, ils concentraient leur financement. Tout le secteur de la microfinance était pour l’économie informelle, c’est bien, mais c’est insuffisant pour contribuer réellement au développement économique du pays. De leur côté, les banques se concentraient principalement sur les grandes entreprises. Et au milieu, il y a les PME, elles n’ont rien, ni financement ni accompagnement. Ce sont des entreprises formelles ou qui peuvent le devenir. Elles ont un chiffre d’affaires annuel de 500 millions à 5 milliards d’ariary, avec des besoins d’investissement entre 500 millions à 2 milliards d’ariary, et emploient 20 à 100 personnes. On cherche des entrepreneurs qui changent positivement et durablement les trajectoires de vie de leurs salariés, clients et fournisseurs.

Des exemples de réussite ?
Dans la microfinance, APEM PAIQfinançait 700 petits entrepreneurs par an quand on a commencé notre collaboration ; aujourd’hui, ils en financent 5000. 70% de leurs bénéficiaires étaient des femmes, et c’est toujours le cas aujourd’hui, ils ont pu garder cette dimension d’impact. D’ailleurs, nous commençons à mesurer l’amélioration des conditions de vie des populations. Côté agribusiness, Malakass a créé une coopérative pour les agriculteurs de l’Atsimo Andrefana. On identifie les producteurspour racheter leur manioc frais à un prix plus élevé, et produire de la farine de manioc. Ainsi, les agriculteurs peuvent augmenter leur rendement et bénéficient de revenus réguliers. Dans le secteur de l’énergie, Jiro-Ve distribue 20 000 lampes solaires par jour un peu partout à Madagascar. Ces lampes coûtent 350 ariary par jour à la location, ça veut dire que pour 10 000 ariary vous pouvez avoir de la lumière chez vous pendant un mois.

Il fautdes dizaines de milliers d’entrepreneurs pour créer des jobs pour 27 millions d’habitants

Quelle est la place de ce genre d’initiative pour l’entrepreneuriat ?
Je pense qu’il en faut vingt fois plus. On est dans un écosystème où chaque région de Madagascar a besoin d’une dizaine de structures d’accompagnement de l’entrepreneuriat. Pour faire émerger plusieurs centaines d’entrepreneurs dans chaque région,il faudrait en accompagner 50 000 en dix ans. Nous ambitionnons d’en accompagner 500 en dix ans, il faudrait donc une centaine de structures comme la nôtre. Surtout, il en faudrait plus dans les régions, il y a un manque de structures d’accompagnement. Tout le monde se concentre à Tana, mais en fait il y a une richesse extraordinaire dans toutes les régions. Ces structures sont parfois un peu naïves, tout le monde veut faire du digital, des start-ups, mais la richesse de Madagascar c’est l’agriculture, le tourisme, la transformation de produits, l’eau, l’énergie, l’éducation, la santé. C’est dans ces secteurs là qu’il faut entreprendre, il faut aller là où il y a des besoins.

Pour développer des entreprises, il faut des cadresjuridiques sécurisants

Quels défis pour entreprendre à Madagascar aujourd’hui ?
C’est dur à entendre pour les entrepreneurs, mais c’est la vérité : aujourd’hui, il y a plus de financements que de capacité d’absorption de ces financements. Le premier défi c’est l’humain : quand on met un milliard d’ariary dans une entreprise pour qu’elle double ou triple de taille, le premier problème est de savoir qui on va recruter pour être DAF, responsable commercial, responsable marketing. C’est très dur d’attirer, de motiver, de garder les bons collaborateurs. Ensuite, il y a trois choses qui manquent aux entreprises pour se développer : l’énergie d’abord, il y a des usines à Fort-Dauphin qui doivent produire elles-mêmes leur énergie, ensuite c’est le transport, il faut aussi laisser le secteur privé travailler, ne pas les harceler fiscalement. Le troisième défi, c’est la sécurité juridique. Pour développer des entreprises, il faut des cadres juridiques sécurisants, il faut que les contrats entre les entreprises soient respectés, ça veut dire qu’il faut des tribunaux qui fonctionnent, des règles qui soient connues, sinon les entreprises ne feront pas debusiness ensemble.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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