Des livres à lire au moins une fois
23 mars 2025 // Littérature // 9017 vues // Nc : 182

Avec l’offre incommensurable de livres à travers le monde, il y a de quoi s’emmêler les feuilles et les couvertures. Et si le lecteur avisé a déjà ses goûts, ses marques et ses auteurs fétiches, il est bien de passer en revue les plus «grandes œuvres» de la littérature, non pas pour crâner d’un «oui, tu as vu j’ai lu untel», mais en ce que ces œuvres ont de fondamental. Voici donc pour vous quelques auteurs qu’il faudra absolument lire au moins une fois.

Dostoïevski et Tolstoï, les monstres sacrés
Ce sont là deux noms qui suffiraient à faire trembler l’édifice de la littérature entière par l’ampleur de leur œuvre, leur profondeur abyssale, sans parler de la majesté de leur style respectif. Si vous n’êtes pas convaincu, lisez seulement cette phrase qui débute Anna Karénine de Tolstoï, l’incipit le plus puissant, le plus beau jamais écrit. «Tous les bonheurs se ressemblent mais chaque infortune a sa physionomie particulière». Une phrase qui résume l’un des deux meilleurs romans jamais écrits. Le deuxième étant Les démons de Dostoïevski, mais cette fois plutôt pour l’équilibre improbable d’un Léviathan mis en page par un esprit sans commune mesure. Car ce dernier roman est un roman de l’impossible. Il tient à la fois de la magie et du talent. Il commence d’ailleurs par une excuse de son auteur, annonçant que son œuvre lui aura échappé. Il y a en effet, entre les lignes de ce roman, des propos qui posent de manière indubitable l’absurdité de la vie et la nécessité donc du suicide, des propos corrosifs, dangereux, mais qui vont servir à l’auteur de poser avec force combien la raison peut nous conduire au «mal» en nuisant à l’homme dans son intégrité.
Ces deux livres sont ainsi des séismes, des livres que vous devrez absolument lire et qui changeront radicalement votre façon de voir le monde, votre manière de vivre, votre manière même de respirer.

Le Zarathoustra, une pensée de la force
S’il y a une pensée d’une puissance phénoménale dans l’histoire de la philosophie et des lettres en général, c’est bien celle de Nietzsche. Une pensée qui s’élève au rang d’une poésie raffinée et incisive dans une œuvre qui marquera d’une empreinte indélébile l’histoire. Cet ouvrage, le philosophe allemand l’intitulera Ainsi parlait Zarathoustra. Une manière biblique au final, mais qui annonce la ruine du christianisme en Occident dans une formule restée dans les annales à jamais. «Dieu est mort […] et c’est nous qui l’avons tué». Car Nietzsche ne recule devant aucune provocation. Sa pensée est un coup de poing. Tout y passe. Toute vertu, toute sagesse pour laisser au fond du verre la vie seulement, son acceptation ? Plutôt sa réjouissance dans tous les moments, mais plus encore devant l’adversité. Ce qui fait du Zarathoustra une ressource inestimable, le long d’une existence qui ne saurait bien longtemps se tenir tranquille.

Un condensé de toute la littérature
La littérature ne s’est jamais occupée d’un sujet au final et c’est l’homme et sa condition. Dostoïevki, Tolstoï et Nietzsche résument parfaitement dans ces œuvres ce souci de l’humain. Un souci qui se retrouvera partout dans une quête incessante du sens, retrouvé, perdu, créé, oublié, déchiré, jusqu’au vertige de la littérature contemporaine où la désintégration de la langue porte en elle un sens souvent plus profond que l’esthétique seule. En somme, ces trois auteurs et leurs trois ouvrages ci-dessus constituent une parfaite introduction à la littérature et son univers.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature/Journaliste.

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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