Adaoro : le temps du silence et de la concertation
14 mai 2026 // Soatoavina // 1065 vues // Nc : 196

Après l'effervescence de l'Alahamadibe, le Nouvel An malagasy, le rythme change. Les chants s'estompent, les rassemblements se dispersent, et un silence habité, presque solennel, s'installe. Madagascar entre dans Adaoro — le mois de la concertation. Du 17 avril au 15 mai cette année, sous la nouvelle lune, le pays change de rythme.

Dans les Hautes Terres comme sur les côtes, les familles se retirent peu à peu dans leurs foyers. On revient au village, on retrouve les anciens, et surtout, on prend le temps. Le temps d'écouter, de comprendre, de prévoir. Car Adaoro n'est pas une simple pause après les réjouissances. C'est une étape clé du cycle de vie malagasy, une période où l'avenir se dessine collectivement. Dans certaines maisons, à l'écart de l'agitation, les séances de sikidy commencent. Sur une natte ou une table, les graines sont disposées avec précision. Le mpisikidy, concentré, interprète les signes. Autour de lui, les regards sont attentifs. Ici, le visible dialogue avec l'invisible. Esprits, kalanoro, parfois djinns : les frontières s'estompent pour laisser place à une lecture symbolique du monde vivant. Ces consultations ne relèvent pas du simple rituel. Elles orientent, elles éclairent, elles annoncent les grandes tendances de l'année à venir : saisons agricoles, risques sanitaires, événements majeurs ou périodes de trouble.

Mais Adaoro ne se limite pas à la sphère spirituelle. À l'échelle des communautés, la parole circule. Les olobe — les sages —, les notables et les figures d'autorité se réunissent. On débat, on confronte les interprétations, on partage les observations tirées de l'année écoulée. Au cœur de ces échanges, une valeur centrale : le marimaritra iraisana, le consensus. Décider seul n'a pas de sens. La légitimité naît du collectif, de l'équilibre des voix et du respect mutuel. Peu à peu, une vision commune émerge. Quelle sera l'intensité de l'hiver ? Quand viendront les pluies ? Quelles menaces faut-il anticiper ? Autant de questions auxquelles la communauté tente de répondre, en croisant savoirs ancestraux et expériences vécues. Pour chacun, ensuite, vient le temps de l'ajustement — adapter ses cultures, protéger sa famille, anticiper les risques.

Adaoro agit comme une boussole partagée. Dans un monde souvent dominé par l'urgence et l'individualisme, cette période rappelle une autre manière d'habiter le temps : plus lente, plus collective, profondément enracinée. À Madagascar, décider de l'avenir ne se fait pas seul. Cela se construit, patiemment, ensemble.

Radamaranja

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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