Lova Nantenaina « Je voulais capturer les derniers gestes de ces artisans »
3 mai 2021 // Cinéma // 5697 vues // Nc : 136

Sorti en salle à Antananarivo le 19 mars dernier, le documentaire « Île était une fois » de Lova Nantenaina dégage poésie et sensibilité, se penchant sur des métiers traditionnels en voie de disparition à Madagascar et à La Réunion. Le réalisateur revient sur la genèse du projet.

On reconnaît le caractère engagé de vos films notamment dans « Ady Gasy » ou le court-métrage « Zanaka, ainsi parlait Félix », pouvez-vous nous partager la note d’intention de ce dernier long-métrage ?
La note d’intention d’« Île était une fois » était déjà écrite en 2008.
Je venais de sortir de l’école de cinéma et je voulais retourner au pays pour me confronter à la réalité.
Il y a ce que j’avais vécu dans mon enfance et la réalité des gens dix ans après. Sortir du pays nous met dans la position du voyageur, avec un regard neuf, un certain détachement.
La question qui me taraudait est simple : Qu’est-ce qu’on transmet à nos enfants alors même que certaines ressources deviennent rares ? J’avais donc une liste de métier et de ressources que je voulais interroger dans ce voyage, à savoir la forêt, les vers à soie, les poissons, le raphia…
Autre interrogation : quelles sont les difficultés que les parents rencontrent pour transmettre un savoir-faire ou une passion à leurs enfants dans un contexte de pillage de ressources ?

Pourquoi avoir choisi ces métiers en particulier ?
Chaque portrait renvoie à un savoir-faire, un métier. J’ai choisi le chasseur de guêpes à La Réunion parce que les guêpes se raréfient et cela me rappelle qu’à Madagascar, on mange aussi des chrysalides ou des sauterelles. Après, j’ai fait le portrait des sauniers de La Réunion parce que cela rentrait dans le cadre de ma résidence de création avec le musée du sel de Saint-Leu. C’est un savoir-faire en danger à cause de l’importation massive de sel. Dans mon voyage, avec mon carnet, je me retrouve à Toliara avec les sauniers malgaches. Ce qui m’intéressait là-bas c’était de filmer les souffrances du corps face à la dureté de ce travail. Pourtant, le sel de Madagascar est déprécié. Les sauniers disent que leur sel coûte moins cher qu’un tas de tomates. De plus, leur métier est menacé par l’installation d’un grand projet minier qui risque de passer par les bassins de sel. Mon voyage s’arrête vers Arivonimamo, chez les tisserands. Je voulais capturer les derniers gestes de ces artisans qui ont de plus en plus de mal à trouver de la matière première à sa voir les « landy be ».

Lors de vos rencontres avec les familles qui vivent de ces activités et en arrivant sur les lieux d’exploitation, quelles ont été vos impressions ?
Je suis toujours impressionné par le courage de ces gens malgré les difficultés qu’ils rencontrent pour perpétuer leurs activités. Il y a aussi chez eux cet étonnement quand un cinéaste s’intéresse à leur quotidien qui est banal pour eux. Un visage qui m’a marqué est celui de Rasoa, une vieille salariée de 60 ans, qui répare les bassins de sel. Son regard est indescriptible et sa posture digne. Son travail harassant m’a vraiment touché. Elle est connue et respectée par les propriétaires de bassins en tant que spécialiste de la réparation des bassins. Beaucoup de choses m’ont touché dans ce voyage filmé et la plupart sont dans le film. En tout cas, on a essayé avec mes collaborateurs de restituer au mieux mon voyage à travers le carnet.

Pourquoi ce biais du carnet de voyage ?
Il nous a permis de prendre un peu de recul face au réel. Il nous laisse un peu dans l’imaginaire et la réflexion, on en avait besoin pour ce film-là. Le carnet permet aussi de tisser tous ces portraits en un seul film. Souvent, le réel est violent, triste ou magnifique et le carnet permet des petits moments de confidences, de donner des éléments de compréhension au public. Le tournage s’est fait en plusieurs étapes parce que j’avais mes autres films en cours pendant que je tournais celui-là. Mais le voyage a été réalisé avec des intentions claires.

Sur le plan esthétique et technique, qu’est-ce qui différencie ce film des autres de votre filmographie ?
C’est le carnet précisément. La confection du carnet s’est fait à postériori avec des éléments du voyage. J’ai collaboré avec deux portraitistes réunionnaises : Florence Vitry pour les portraits et Griotte pour les paysages et la création du style de police. L’écriture du carnet s’est faite avec ma productrice qui est co-auteure du film aussi, Eva Lova-Bely. Frédérique Brun-Picard a fait l’animation de tous ces éléments disparates et la musique a été apportée par Paul Henri Randrianome et Stéphan Laiwai. La confection de ce carnet était donc un vrai travail d’équipe avec beaucoup de challenges techniques. Mais on est content du résultat final et je remercie tous mes collaborateurs pour cette aventure créative.

Comment « Île était une fois »  a-t-il été reçu ?
Le film a fait sa première nationale au Cinepax à Madagascar en mars. Avant cela, il a fait beaucoup d’entrées en salle à La Réunion. On est contacté maintenant par des festivals internationaux qui ont pour thématique le voyage. On espère aussi que les chaînes de télévision s’intéresseront au film. Tout cela est un travail en cours parce que la situation actuelle est catastrophique pour la culture et le cinéma. On fera tout pour que les projections continuent dès que les salles rouvriront.


Propos recueillis par Annick Sedson
Association des critiques cinématographiques de Madagascar

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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