En mars, pendant que le reste du monde a déjà oublié ses résolutions du 1er janvier, Madagascar célèbre son propre Nouvel An. L'Alahamadibe — ou Taombaovao Malagasy — n'est pas une reconstitution folklorique. C'est une année qui commence vraiment.

Il y a quelque chose de légèrement subversif dans l'idée de fêter le Nouvel An en mars. Comme si Madagascar avait décidé, il y a bien longtemps, de ne pas suivre le calendrier grégorien là où il n'avait rien à faire. Cette année, les 19, 20 et 21 mars, à Ambonga sur la RN1, la Grande Île marque l'entrée dans le mois d'Alahamady — et avec lui, le début d'une nouvelle année selon la tradition. Mais avant d'en arriver là, il faut traverser le Volampadina. Ce mois de purification qui précède l'Alahamadibe occupe dans la culture malgache une place spirituelle comparable au Ramadan ou au Carême — une période de préparation intérieure, de recueillement, avant que la fête puisse avoir un sens. On ne célèbre pas l'Alahamadibe à la légère. On s'y prépare.
Les termes, d'ailleurs, méritent qu'on s'y attarde une seconde. Alahamadibe, Vava andron'Alahamady, Taombaovao Malagasy — trois expressions qui circulent souvent dans le même souffle et peuvent semer la confusion. Pour les traditionalistes, la clarification est simple : ce sont des visages différents d'une même réalité. L'histoire du glissement terminologique est elle-même révélatrice. Sous la royauté, la population parlait naturellement du « jour Alahamady ». Puis vint la période coloniale — et avec elle, la surveillance des pratiques traditionnelles. Par prudence, certains pratiquants auraient préféré l'expression Taombaovao Malagasy, moins marquée, plus accommodante avec le calendrier imposé par l'administration. Un compromis de survie, en quelque sorte.
Le cœur du rituel, lui, n'a pas changé. La célébration est précédée du fidiovana, rite de purification accompli durant le Volampadina. Ensuite, des lampions confectionnés à partir de graisse bovine fixée sur des bâtons sont allumés : leur fumée, semblable à de l'encens, est portée autour des habitations pour repousser les mauvais esprits. Les restes de ces lampions forment alors l'Afo tsy maty — le feu sacré, celui qui ne meurt pas, qui accompagne la veillée et symbolise la transition vers l'année nouvelle. Une image forte. Un feu qu'on ne laisse pas s'éteindre.
L'Alahamadibe n'est pas une fête isolée. Il s'inscrit dans un archipel de célébrations similaires qui traversent l'île : Fanonpoambe, Fitampoha, Sambatra, Zagnahary be — autant de manières pour chaque région de marquer le temps à sa façon, de renouer avec ses ancêtres, de remercier Andriamanitra Andriananahary. Renouveau, gratitude, transmission. Ce sont les mots qui reviennent. Et finalement, changer d'année en mars, précédé d'un mois de purification et d'un feu qu'on ne laisse pas mourir — c'est peut-être la manière la plus sérieuse qui soit de prendre une nouvelle année au sérieux.
Radamaranja