Zà Bibikely : Pour la survie des insectes
24 juillet 2023 // Nature // 4843 vues // Nc : 162

Madagascar est un hotspot de la biodiversité avec huit espèces animales et végétales sur dix y sont endémiques. Pourtant, la déforestation les condamne à une extinction de masse. Face à l’urgence de la situation, l’ONG Zà Bibikely a mis en place un insectarium à Havoana Land Imerinkasinina en mai dernier. Un partenariat avec le département d’entomologie de l’Université d’Antananarivo et la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech de l'Université de Liège qui a fait sortir de terre un espace de 550 m2 dédié aux insectes.

C’est le royaume des insectes, tout aussi insolites les uns que les autres : charançon girafe ou de son nom scientifique Trachelophorus giraffa est un type de coléoptère découvert en 2018, le papillon à tête de mort, voire des espèces pas encore nommées. L’insectarium Zà Bibikely, c’est d’abord un écosystème en miniature, comme l’explique un des étudiants en entomologie qui travaillent sur place. « Le plus difficile, c’est de reproduire les conditions naturelles dans lesquelles ces espèces ont vécu avant d’être préservées ici. En effet, certaines espèces ne se reproduisent que sur un arbre en particulier, avec des niveaux d’acidité, d’humidité et de température précis. Leur mode de vie est chamboulé dès qu’un paramètre fait défaut. » De ce fait, on se croirait presque dans une forêt humide de l’est de Madagascar : des érables prélevés depuis la zone sur les feuilles desquelles les papillons peuvent s’accoupler, des fruits en décomposition pour nourrir les phasmes, et même une reproduction de fourmilière.

reproduction de fourmilière
Fruit en décomposition pour nourrir les insectes
Accouplement de phasmes.

Un dosage millimétrique que les entomologistes expliquent par la fragilité des insectes. « Les conditions optimales que nous reproduisons ici n’existent plus dans la nature, ce sont surtout les papillons qui sont les plus vulnérables, ils ne s’accouplent plus dès qu’il y a de la fumée. C’est pour éviter les extinctions que nous amenons les insectes ici, et leur permettre de se reproduire pour sauver l’espèce. » Témoin de cette vocation, le laboratoire équipé pour les étudiants et affilié à l’insectarium semble tout droit sorti d’un film de science-fiction : des cocons de papillons comètes qui pendent dans un incubateur, des vitrines qui affichent une collection d’insectes rares et qu’on ne verrait autrement que sur des cartes postales.

Mais Zà Bibikely, c’est aussi de l’éducation. Les responsables RSE de Havoana Land et le département d’entomologie de l’Université d’Antananarivo l’ont très vite compris : à part la dégradation de l’environnement, les insectes sont aussi menacés par des perceptions culturelles et pour des raisons économiques. « Aux alentours d’Ambatondrazaka, l’Argema mittrei ou papillon comète est considéré comme un porte-malheur en raison du motif qui ressemble à un crâne sur ses ailes, d’où ce papillon endémique est chassé. Dans d’autres régions, il y a des familles qui vivent exclusivement en vendant des espèces pourtant menacées d’extinction », constate une étudiante suite aux descentes sur terrain.

Pour sensibiliser les jeunes générations, l’insectarium accueille des établissements scolaires pour des visites guidées, mais aussi des associations. Evitant les messages négatifs, Zà Bibikely interpelle grâce à la beauté des insectes, le personnel prévoit de lâcher des milliers de papillon en même temps une fois les cocons éclos, un spectacle ouvert au public qui promet d’être riche en couleurs. Même si le projet Zà Bibikely vient à peine de germer, il attire déjà des investisseurs, l’insectarium n’est qu’au début de son envol.

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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