Quand Tyni lance un morceau, les pieds ne demandent pas la permission. Son reggae-dancehall taillé pour enflammer les dancefloors arrive avec la chaleur d'un été à Toamasina et l'énergie d'un sound system caribéen. La jeune artiste malgache ne fait pas dans la demi-mesure — ni dans ses riddims, ni dans ses textes. Et elle compte bien faire voyager Madagascar avec elle.


Il y a dans la musique de Tyni quelque chose d'immédiat, de physique — ce genre de son qui court-circuite le cerveau et va directement aux hanches. Son reggae-dancehall ne cherche pas à être subtil : il frappe, il pulse et embarque. Les influences caribéennes sont là, assumées, mais le soleil qui les chauffe est clairement malgache. New Jamaïque, son clip le plus marquant, tourné à Toamasina avant le passage du cyclone, capture exactement ça — une ville, une ambiance, une énergie collective suspendue dans le temps. Le clip est devenu, malgré lui, une archive d'un instant disparu. « Aujourd'hui, il a une valeur émotionnelle très forte », confie-t-elle. Derrière l'artiste, il y a une diplômée en marketing et communication digitale qui, il y a deux ans, a posé ses dossiers pour ne plus les reprendre. La musique ou rien.
Tyni ne mâche pas ses mots — et ce n'est pas une façon de parler. Ses textes s'ancrent dans le réel, dans ce qui se vit et s'observe, avec une franchise qui ne va pas par quatre chemins. « Je raconte ce que je vois, avec mon style, mon énergie, parfois une touche d'ego trip », dit-elle sans détour. L'idée : que les gens se reconnaissent, qu'ils vibrent, qu'ils passent un vrai moment. Pas de storytelling fabriqué, pas de pose. Elle écrit comme elle parle — direct, chaud, sans filtre superflu. Ce côté frontal tranche dans un paysage musical local où l'on arrondit parfois les angles. Chez Tyni, les angles restent. C'est précisément ce qui accroche.
L'ambition, elle, est clairement posée sur la table : d'abord Madagascar, puis le continent africain, puis le reste. « J'aimerais qu'on dise que j'ai contribué à faire découvrir Madagascar à travers ma musique », résume-t-elle. Une façon de porter la Grande Île au-delà de ses frontières, non pas comme carte postale, mais comme énergie exportable. Cette trajectoire s'accompagne d'un engagement qui dépasse la scène — après le cyclone à Toamasina, elle s'est mobilisée avec son label MAISON FALAFA dans une collecte humanitaire dépassant les 4 000 euros. « Il y a eu David, un jeune garçon malnutri que nous accompagnons encore aujourd'hui. Ce sont ces moments-là qui restent. » La musique comme langage universel, le dancefloor comme ambassade. Tyni avance — et elle a clairement décidé de durer.
Lucas Rahajaniaina
Photos fournies par Tyni