Joro Rakotozafiarison : Le swing des insomniaques
2 juillet 2026 // Musique // 1250 vues // Nc : 198

Mars dernier, Joro Rakotozafiarison posait enfin son premier album sur la table. Nuit Blanche, sept titres, vingt-deux musiciens — et treize ans après ses premiers accords remarqués au tremplin Madajazzcar. Pour un premier opus, on repassera pour la modestie. La guitare électrique comme pinceau, le jazz contemporain comme terrain de jeu : bienvenue dans l'univers du Jazz Geek.

Tout commence, comme souvent dans le jazz, par une nuit qui refuse de se terminer. Une insomnie créatrice, une mélodie capturée au crépuscule, et l'évidence d'un titre. « Pourquoi ne pas enregistrer ? Dans le jazz, sortir un single est rare, surtout à vingt-deux musiciens », glisse Joro avec le sourire de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait. Nuit Blanche, ballade paisible devenue pièce maîtresse, donne son nom à l'ensemble du projet — hommage assumé aux préférences du public.

L'album convoque une véritable armée de l'ombre : la crème de la scène locale, Tsanta Randriamihajasoa, le Weaver Trio, Bolo, mais aussi le Polonais Tytus Lajdecki. Cette masse orchestrale confère à l'opus une épaisseur sonore rare pour un premier disque. Des morceaux comme Tarmac, Mars Landing ou Plastoc City révèlent une écriture cinématographique où synthétiseurs modernes et noblesse des cordes cohabitent sans se bousculer.

On pense aux textures de Kurt Rosenwinkel, à l'énergie de Julian Lage — mais Joro ne se contente pas de citer ses influences, il les digère. Sa samba devient polyrythmique, ses structures défient les carrures traditionnelles, ses voicings sortent des sentiers battus. Le tout sans jamais tomber dans la démonstration stérile. Son style, que ses fans ont baptisé Jazz Geek, c'est ça : une technique de haut vol mise au service de l'immersion, pas de l'ego. Depuis 2013, il s'est forgé ce son aux côtés de pointures comme Lalatiana, Rija Ramanantoanina, et des internationaux Dominique DiPiazza et Sebastian Studnitzky. Des écoles solides. Des oreilles qui forment les oreilles.

Treize ans à prêter son jeu aux projets des autres. À accompagner, à comper, à tisser des harmonies sous les mélodies des copains. Nuit Blanche est l'album de la maturité — celui où Joro s'autorise enfin à « laisser une trace », selon ses propres mots. Complexité harmonique, paysages sonores oniriques, polyrythmie assumée : tout y est, mais jamais pour épater la galerie. « Le jazz n'est pas une question de connaissance, mais de curiosité », résume-t-il.

Tatiana Randriamanakajasoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Pierrot Men : Le regard d'une vie

Lire

6 juillet 2026

Pierrot Men : Le regard d'une vie

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut enco...

Edito
no comment - Juillet, enfin !

Lire le magazine

Juillet, enfin !

Juillet est là. Et avec lui, cette douce illusion collective qu'on appelle « les vacances ». Douce pour certains, seulement. Parce que pendant que quelques chanceux plient bagages et filent vers les côtes, une bonne partie de Madagascar retient son souffle. Les bacheliers scrutent leur téléphone comme si les résultats allaient tomber par notification divine. Les étudiants enfilent leur première veste de stagiaire — bienvenue dans le monde réel, c'est moins glamour que prévu. Les parents, eux, découvrent avec une joie mitigée que des enfants à la maison toute la journée, c'est bruyant, c'est gourmand, et ça chamaille pour un rien. Quant aux entrepreneurs, ils ont flairé l'aubaine : juillet, c'est la saison des idées — et des chiffres à gonfler. Bref, les vacances, ce grand repos tant attendu, ressemblent pour beaucoup à un sprint déguisé en pause. Heureusement, nocomment est là. Ce mois-ci, on vous embarque à travers Madagascar — ses sorties, ses escales, ses bonnes adresses, ses cultures et ses petites merveilles qui ne font pas de bruit mais méritent qu'on en parle. Parce que s'évader, parfois, ça commence par une bonne lecture.

No comment Tv

Making of shooting mode – Juillet 2026 – NC 198

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition juillet 2026 - NC 198
Prise de vue : GRACE HOUSE - Hotel Ivato 
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia 
Modèles : Lindsey, Raitra, Ny Avo, Sarobidy, Rina, Taniah, Tafita 
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Mondiale des services traiteurs

Elimination continental pour la Mondiale des services traiteurs

no comment - Mondiale des services traiteurs

Voir