Harilay Rabenjamina : « Un lieu donne toujours à une œuvre l’occasion d’exister différemment »
17 mai 2025 // Cinéma // 7931 vues // Nc : 184

Artiste aux multiples facettes, Harilay Rabenjamina explore avec brio des pratiques variées, allant du film à la performance, en passant par les installations, la sculpture et la composition musicale. Son parcours riche a donné naissance à des œuvres telles que la performance « My Honour is Safe » (Centrale Fies, Dro, 2021), le film « Le nez de ma mère » (Goswell Road, Paris, 2021), ou encore sa participation aux Rencontres de la photographie d’Arles. Dernièrement, il a achevé un court-métrage sur l’histoire d’un enfant malgache, avec une postproduction réalisée à Madagascar. L’occasion de plonger dans l’univers singulier de l’artiste.

© photo : Fondation
Pernod Ricard

Comment choisis-tu ces lieux et comment ces décors influencent-ils l’histoire que tu veux raconter ?
Je les choisis parce qu’ils m’intéressent en tant que lieux de fiction, parce qu’un contexte raconte déjà plein de choses. Je remarque que ce sont souvent des lieux de divertissements. Les formes qui seraient du « divertissement » permettraient de se détourner du réel, elles invitent à une forme de légèreté, mais paradoxalement elles font s’engager notre attention d’une manière très intense et particulière.

Comment ton mémoire « Chiens de faïence » à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux a-t-il influencé ta pratique ?
Ce que j’ai apprécié avec l’écriture du mémoire aux Beaux-Arts, c’est qu’on n’attendait justement pas une forme académique au sens universitaire. Il s’agissait de raconter une ou des réflexions, plutôt que de les exposer ou les démontrer. Le récit à la première personne permettait de faire s’incarner ces questions à partir d’une diversité d’événements que j’avais vécus, ce qui était d’autant plus pertinent pour ce mémoire, car il s’agissait de raconter comment des événements

(un cours d’histoire de l’art, deux années passées sur un jeu en ligne, l’expérience d’une œuvre artistique, la visite d’une ville…) avaient transformé mon attention. C’était une façon de réfléchir aux choses qui avaient participé à la construction de mon regard, pas parce que mon regard serait intéressant, mais parce que ça m’intéresse de comprendre ce qui dans une forme, qu’elle soit architecturale, littéraire, télévisuelle, ou dans un événement, transforme ou déforme un regard. Je crois que c’est une question qui est au centre de tous mes projets.

© photo : Harilay Rabenjamina

Et ton background personnel ?
Ce qui me vient en tête spontanément c’est que j’ai grandi avec deux grandes sœurs qui durant leur adolescence étaient très portées sur la musique pop, les clips et les séries. J’ai donc le souvenir d'une enfance où j'ai passé mon temps à les regarder idolâtrer des figures pop. Pour moi, elles étaient des « grandes », et je crois que ça m’a fait considérer tout ce qu’elles aimaient comme des choses très importantes, dignes de l’intérêt des « grands ». Regarder la télé avec elles, puis tout seul a vraiment été une expérience d’initiation à la fiction et à la mise en scène.

Y a-t-il une palette émotionnelle que tu choisis en fonction des histoires que tu veux raconter ?
C’est plutôt le projet et ce qu’il raconte qui me fait aller vers des registres spécifiques. Dans « Le nez de ma mère », j’ai choisi un registre proche du documentaire, car ni la comédie ni le lyrisme ne me semblaient adaptés à cette histoire. Dans d’autres cas, comme « Casting ! » par exemple, je m’amuse beaucoup plus avec les registres, parce que le télé-crochet, - forme à laquelle ce projet fait référence - joue déjà beaucoup avec les artifices, et c’est comme ça que j’envisage les registres, comme des artifices qui servent à faire se dérouler un récit. Passer d’un registre à l’autre dans un même récit, c’est comme réfléchir avec plusieurs systèmes de pensée. Ça fait dérailler le regard, ça cultive l’étonnement et ça rend les choses irréductibles.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

harilay@hotmail.com

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