Na Hassi « J’ai toujours été intriguée par la femme »
4 août 2021 // Littérature // 8186 vues // Nc : 139

Sorti en mai dernier aux éditions RanjaSoa Publishing, « Zana-bolana  Femme lunaire » retrace chaque étape de la vie d’une femme. Avec ses mots, l’écrivaine, poétesse et slameuse brise le silence sur des sujets que la société tente souvent de cacher.

Pourquoi ce titre ?
Zana-bolana et Femme lunaire sont des poèmes que j’ai écrits en mars 2019 et quand j’ai construit l’histoire du recueil en mars 2020, ils m’ont paru évidents pour figurer comme titre et centraliser le message. C’est le cheminement d’une femme, mais sur laquelle se projette l’histoire d’autres femmes. Les poèmes parlent d’existence, de violence, de résilience, d’amour, de soi, d’identité, de rébellion…

Le propos est féministe ?
J’ai toujours été inspirée et intriguée par la femme, ses pouvoirs et ses failles, ses libertés, ses limites. S’il est vrai que le titre insinue ce degré de lecture, les lecteurs sont aussi capables d’aller au-delà. Des lecteurs masculins m’ont fait remarquer que le livre n’est pas réservé aux femmes. C’est simplement un recueil de poèmes adressé à tous, tant que nous nous sentons concernés par la condition humaine et l’urgence de vivre.

Comment est né ce projet ?
C’est mon premier recueil individuel, même si j’ai participé à différents ouvrages collectifs avant. Depuis que j’écris, l’idée de sortir un livre m’a toujours accompagné, mais j’étais consciente du chemin à parcourir. J’ai travaillé sur la première ébauche du projet en fin 2019 et je l’ai ajusté progressivement pour ensuite présenter l’idée à RanjaSoa Publishing en mars 2020. Le projet leur a plu, il n’y avait encore aucun poème, mais juste les approches et les thématiques à aborder. À partir de là, j’ai travaillé sur la construction de l’histoire, la sélection des textes puis l’illustratrice FJR a commencé à lire et relire les textes pour trouver les angles des dessins. Nous avons terminé en mars 2021, et avons fait la sortie officielle fin mai.

Le choix de Serge Henri Rodin pour la préface ?
Ce n’était pas un choix, mais une évidence. J’ai eu la chance d’avoir eu des professeurs qui m’ont encouragée dans l’écriture, notamment Nestor Rabearizafy, Elie Rajaonarison puis Serge Henri Rodin qui m’ont fait découvrir la scène à l’université. Même quand je n’étais plus étudiante, je continuais à écrire et Rodin me convoquait dans ses productions artistiques. Il m’a accompagnée dans mon évolution et certainement il est celui qui a suivi mon travail depuis mes débuts sur scène en 2008.  

La poésie engagée a-t-elle un rôle à jouer dans notre société ?
Toute création est engagement à mon sens et chaque créateur, quelle que soit la discipline, tient un rôle dans la société. En revanche, certains ont tendance à enfermer cet engagement dans une boîte, et à ne le sortir qu’à l’occasion, lors des célébrations en tout genre. Nous sommes également dans une société qui n’est pas encore vraiment consciente des impacts et des influences qu’ont les artistes dans leur milieu. L’expression artistique revêt d’abord un caractère de divertissement-diversion, à un tel point que les « engagés » semblent à part. Pourtant, tout artiste défend une cause ou partage une vision.

Les projets ?
Les projets actuels tournent autour de Zana-bolana Femme lunaire à travers des concerts, des ateliers et des rencontres. Je participe aussi à des événements et des manifestations en parallèle, ou encore à des projets en collaboration avec d’autres artistes comme la photographe Mialy ou la danseuse et chorégraphe Géraldine Leong Sang.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Lire

28 mai 2026

Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Ce dimanche 31 mai, à 15 heures, l'amphithéâtre du Centre de Conférence International d'Ivato accueillera un événement inédit dans l'histoire de la mu...

Edito
no comment - Exister en malgache

Lire le magazine

Exister en malgache

Juin à Madagascar, c'est un mois qui déborde. La langue, l'enfant, l'indépendance — trois célébrations bousculées dans trente jours, comme si le calendrier avait, lui aussi, quelque chose à dire. Et si ce n'était pas un hasard ? Ces trois commémorations racontent, au fond, la même histoire : celle d'un peuple qui cherche, depuis 1960, à exister pleinement sur ses propres termes. Pas seulement dans les discours officiels et les défilés — dans la vie réelle, quotidienne, celle qui se joue désormais aussi sur un écran.Car le vrai terrain de la souveraineté culturelle s'est déplacé. Il est numérique, algorithmique, et aussi impitoyable. Une langue absente du web est une langue que le monde n'entend pas — et qu'il finit par oublier. Le malgache, parlé par trente millions de personnes, riche d'une histoire linguistique qui traverse les siècles et trois océans, mérite mieux que l'invisibilité numérique. L'initiative Wikiteny — atelier consacré à l'enrichissement des contenus en malgache sur internet — est allée dans ce sens. Ce type d'initiative doit être multiplié, amplifié, soutenu. Sans attendre.C'est là, précisément, que la langue rejoint l'économie. Une identité qui ne se raconte pas, c'est une culture qui ne se monétise pas — un savoir-faire qui reste sans vitrine. Madagascar exporte sa vanille, ses textiles, sa biodiversité unique. Mais que fait-on de l'autre richesse, l'immatérielle, celle qui ne figure dans aucune balance commerciale et qui, pourtant, vaut de l'or ? Soixante-quatre ans après l'indépendance, la vraie souveraineté se joue peut-être là : dans la capacité à dire qui nous sommes, en malgache — et à faire en sorte que le monde l'entende. Haut et fort.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - LeManana guitariste - Mai 2026 - NC 196

Découvrez LeManana guitariste dans le no comment® NC 196 – mai 2026
LeManana puise ses racines dans le beko du Sud de Madagascar pour mieux les mêler aux rythmes d'Afrique et du monde. Quinze ans après ses débuts sur scène, sa world music a déjà traversé les cinq continents. Rencontre avec un artiste qui n’a pas fini de faire voyager la musique malgache.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir