Le suicide s’installe bien souvent avant le passage à l’acte, dans une mécanique intérieure discrète où la souffrance finit par prendre toute la place.

Quand la douleur rétrécit le monde
Beaucoup de personnes suicidaires sont ambivalentes ; une part d’elles veut mourir, une autre veut surtout que la souffrance cesse. Mourir devient alors une solution qui semble logique dans un cerveau saturé. Les psychiatres parlent d’ailleurs d’ambivalence suicidaire. Sous l’effet d’une détresse intense, l’esprit se ferme petit à petit. Le champ des possibles se réduit. La personne ne voit plus qu’une seule issue pour que sa souffrance s’arrête. Cette détresse se nourrit souvent d’une accumulation de facteurs : troubles dépressifs, troubles anxieux, addictions, isolement, violences, deuil, harcèlement, sentiment d’échec, précarité, maladies chroniques, traumatismes anciens, conflits familiaux, etc. Selon de nombreuses études, un trouble psychique est présent dans 50 à 90 % des suicides. Mais attention, avoir une maladie mentale n’est ni une condamnation, ni une explication suffisante !

Les signes avant-coureurs
Il ne s’agit pas forcément d’un grand discours dramatique sous la pluie. Souvent, ce sont des phrases banales en apparence, du type : « Je suis fatigué de vivre. » « Vous serez mieux sans moi. » « Je n’en peux plus. » Il existe aussi des signes comportementaux tels qu’un isolement soudain, des dons d’objets importants, une mise en ordre inhabituelle, un excès de substances, une perte d’investissement dans le travail ou les études. Le piège possible, c’est une amélioration soudaine. Quelqu’un de profondément déprimé qui semble aller mieux d’un coup n’est pas forcément sauvé. Ce mieux-être peut correspondre au soulagement d’avoir pris une décision suicidaire. D’ailleurs, un autre mythe persistant mérite d’être enterré proprement. Si on demande à quelqu’un : « Est-ce que tu penses au suicide ? » ou « Est-ce que tu penses à te faire du mal ? », on risque de lui mettre l’idée dans la tête. C’est faux. Poser la question n’implante pas l’idée suicidaire ; au contraire, cela ouvre un espace pour en parler.
Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
D’abord, écouter. Vraiment écouter. La personne n’a pas besoin qu’on répare sa vie en cinq minutes. Elle a besoin que quelqu’un tienne avec elle dans la douleur. Ensuite, il faut rester présent, parler du suicide sans détour, prévenir un proche ou un professionnel, car une idée suicidaire laissée seule dans le silence peut vite devenir un plan. Si le danger est immédiat, ne jamais laisser la personne seule, éloigner tout objet avec lequel elle pourrait se faire du mal et contacter immédiatement les urgences ou un professionnel.
Docteur Fenohasina Razafimamonjy
Minute Santé de Zinga Pharma