Soa Ratsifandrihana : Groove malgache
4 décembre 2022 // Arts de la scène // 6009 vues // Nc : 155

D’avoir dansé avec le petit-fils de Charlie Chaplin et la crème des danseurs africains et européens, ne l’empêche pas de plonger dans ses racines profondes. Qu’elle s’inspire de l’« afindrafindrao » ou de la reineRanavalona Ire, son groove malgache a toujours de quoi nous surprendre.

« Depuis l’enfance, mon imaginaire s’est construit autour de la musique avec ce plaisir simple et intense que j’éprouve quand je danse. Tout particulièrement, quand je cherche à incarner le groove d’une musique. » Groove, le nom de son premier spectacle, est donc une invitation au voyage pour le plaisir de se mouvoir et de s’émouvoir. La chorégraphe et danseuse a choisi de collaborer avec deux musiciens d’horizon différents mais avec la même sensibilité. « J’avais envie de partager cette recherche avec deux compositeurs qui ont une opinion différente de ce qu’est le groove. À partir de là, Sylvain Darrifourcq et Alban Murenzi ont créé chacun une musique, l’un avec des sons métalliques et incisifs et l’autre avec des sons boisés et ronds. Tous deux composent du rythme. »

Mais c’est seule sur scène qu’elle cherche à dialoguer avec leurs créations musicales., jouant de ses différents héritages «  familiaux, culturels, soirées ou issus de la danse contemporaine ». Dans cette pièce, on retrouve donc des inspirations issues de l’afindrafindrao (la danse traditionnelle qui ouvre généralement les bals), de la danse en ligne de type madison, des mouvements à la Mickael Jackson, voire d’une danse minimaliste belge.

Le groove est dans ses gènes, explique-t-elle. Toute petite, elle accompagnait ses chansons préférées de petites chorégraphies, exécutées dans le salon familial. Elle s’inscrit ensuite au conservatoire de Toulouse, en France, la ville où elle a grandi. À 15 ans, elle quitte papa maman pour étudier la danse contemporaine au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, en parallèle à ses études au lycée. À la fin de sa scolarité en 2014, elle décroche un contrat avec le danseur et metteur en scène James Thiérrée, le petit-fils de Charlie Chaplin. « On a voyagé en Australie, aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Europe. » Elle prend au goût au voyage et à la scène et comprend qu’il faut persévérer pour vivre de ce métier.

Elle rejoint alors le chorégraphe burkinabé Salia Sanou pour un spectacle qui s’intitule Du Désir d’horizons, créée en partie à Ouagadougou, au Burkina Faso. En 2016, elle intègre la compagnie Rosas de Anne Teresa de Keersmaeker à Bruxelles, en Belgique. « Avec une nouvelle génération de danseurs venant du monde entier, nous avons repris des pièces de son répertoire (Rosas dans rosas, Fase, Rain…) et nous avons joué dans beaucoup d’endroits, c’était une expérience très stimulante. » Bien que spécialisée dans la danse contemporaine, elle n’hésite pas à aller dans des événements hip-hop, une culture pour laquelle elle a beaucoup d’admiration, notamment au niveau de la créativité des danseurs. 

Soa Ratsifandrihana travaille déjà sur un nouveau projet, qui sera présenté au printemps 2024. « La chorégraphie sera en dialogue avec une fiction radiophonique sur le personnage de Ranavalona Ire. Cette reine m’intrigue de par ce mélange de fascination et de répulsion qu’elle peut susciter. Nous envisageons de récolter des éléments sonores à travers l’île. La création sonore sera réalisée par Chloé Despax avec l’aide de Prisca Ratovonasy, et la création musicale sera prise en main par le musicien Joël Rabesolo. » Un spectacle royal ?


Aina Zo Raberanto

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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