La scène du classique et du jazz connaît Ravo Raboanarison — notamment pour avoir tenu le premier violon au sein du Quatuor & Squad. Mais depuis quelque temps, cet archet-là ne se laisse plus enfermer dans un seul registre. Vingt-trois ans de pratique, et une conviction qui s'est imposée progressivement : le violon peut aller bien au-delà du classique.

Tout commence pourtant dans les codes exigeants de la musique savante. « C'était ma formation, mon univers », évoque-t-il. Puis viennent les rencontres — Black Nadia, Njakatiana, Ambondrona et d'autres encore. Des univers qui élargissent le champ des possibles et remettent en question une certitude confortable. « J'ai découvert qu'il existait tout un monde en dehors du classique. C'est là que j'ai compris que le violon pouvait raconter beaucoup plus de choses qu'on ne l'imaginait », dit-il. Avec Quatuor & Squad, il contribue à faire sortir les cordes des salles feutrées pour les installer au cœur de la scène musicale malgache — un décloisonnement qui reste l'une de ses fiertés. « Notre objectif était de rapprocher ces instruments du public. Aujourd'hui, voir autant de jeunes les apprendre est une immense satisfaction »,
Bach, Vivaldi, Mozart — Ravo les cite naturellement, non comme des modèles à reproduire mais comme des repères, des architectes du son dont on peut étudier les plans sans en recopier les façades. « Apprendre ne signifie pas copier. Je veux comprendre leur manière d'écrire pour raconter notre propre identité. »
Pour lui, Madagascar commence seulement à explorer un patrimoine orchestral que l'Europe construit depuis des siècles. Lors de ses tournées à l'étranger, il revisite les œuvres malgaches dans une écriture orchestrale familière aux oreilles occidentales — non pour les dénaturer, mais pour leur donner un passeport. « L'idée n'est pas de changer notre musique, mais de créer un langage qui lui permette de voyager. »
Cette vision se concrétise dès octobre avec La Nostalgie — un concert où les grands succès des décennies 1960 à 1990 seront réinventés pour un orchestre de cordes, de cuivres et des voix. « Je veux que le public vienne écouter le son des cordes, pas celui d'un clavier qui les remplace. » L'année prochaine, un Rock symphonique réunira plus de soixante musiciens — bois, cuivres, cordes et percussions dans une véritable architecture sonore. « Trop souvent, l'orchestre reste un décor. Moi, je veux qu'il devienne un acteur à part entière. » Au fond, pour Ravo, la technique n'est qu'un outil. « Un bon violoniste n'est pas celui qui joue les morceaux les plus difficiles. C'est celui qui réussit à communiquer ses sentiments. » Entre un concerto de Vivaldi et une mélodie populaire malgache, il n'y a parfois qu'un simple coup d'archet.
Lucas Rahajaniaina
Facebook : Ravo Raboanarison
Photos : Andriaparany Ranaivozanany