Colonel dans l'armée, médecin militaire, et poète depuis la Terminale. Haingonirina Joëlle Horace vient de publier en auto-édition « Parts d'êtres », un recueil d'une quinzaine de poèmes en prose sur l'amour — dans tous ses états, sous tous ses angles. Une voix sensible qui commande le jour et murmure la nuit.

Elle est colonel aujourd'hui, mais certains poèmes du recueil sont nés sur les bancs du lycée. Depuis la Terminale, Joëlle écrit partout où l'inspiration la surprend — marges de journaux, feuilles déjà utilisées, emballages, mouchoirs. « Parfois, cinq minutes suffisent pour écrire un poème », confie-t-elle. Une musique apparaît dans sa tête, les mots suivent, et il faut les attraper avant qu'ils ne s'échappent. Tout finit dans un grand classeur, soigneusement conservé comme un journal intime — une archive de fragments que trente ans de vie ont fini par remplir. « Parts d'êtres » est tiré à 200 exemplaires, publié officiellement le 18 juillet à l'école Les Colibris. Pensé au départ pour les jeunes, il trouve finalement ses lecteurs à plusieurs générations.
Le titre dit déjà beaucoup. « Parts » évoque le fragment, le morceau de vie qu'on laisse chez les autres. Il y a aussi, glissé dedans, le verbe partir — un voyage intérieur. Une quinzaine de poèmes en prose composent ce parcours, guidé par un papillon, symbole de transformation et de renouveau.
L'amour y revient sous toutes ses formes — amour d'un père pour sa fille, d'une mère pour son enfant, attachement, absence, rencontre, tristesse. « Le thème de l'amour revient sous toutes ses formes », explique-t-elle avec sourire. Quelques pages volontairement blanches attendent les traces du lecteur — une invitation à compléter le recueil de sa propre écriture, à y glisser sa propre part d'être.
Pour prolonger la conversation entre les mots et les images, Joëlle s'est tournée vers Ianja Rakotovazaha — médecin militaire lui aussi, et portraitiste. Découvert sur Facebook, il a d'abord lu les textes avant de créer les illustrations, acceptant de sortir de son registre habituel. Kemba Ranavela a également contribué à cette collaboration. L'image devient ainsi plus qu'un décor — elle accompagne les émotions et prolonge l'univers des poèmes. Le recueil est vendu directement par les auteurs à 50 000 ariary. « Je ne connais pas vraiment les étapes pour le proposer en librairie », reconnaît Joëlle. Le passage en distribution reste à construire. Mais le classeur, lui, peut enfin respirer — d'autres poèmes sont déjà prêts.
Lucas Rahajaniaina
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Photos : Andry Randrianarisoa