On croyait le kalon'ny fahiny condamné aux vieux salons, aux vieux papis et mamies à la retraite depuis des lustres. Et puis quinze jeunes débarquent sur scène, impeccablement alignés, pour rappeler qu'une musique ne meurt jamais tant qu'il reste des voix pour la porter. Avec M'iray Kalo, le chant de l'Imerina retrouve soudain une jeunesse inattendue.

Le kalon'ny fahiny — qu'on appelle aussi kalon'Imerina ou kalon'ny omaly — est un style vocal polyphonique apparu vers la fin du XIXe siècle et florissant jusqu'aux années 1950. Une musique profondément liée à la culture merina, nourrie par les harmonies des chorales protestantes et cette élégance mélodique bien malgache. Justin Rajoro, Rasamigitara, Therack Ramamonjisoa ou Andrianary Ratianarivo en furent quelques grandes figures. Puis le silence, ou presque. Et surtout cette idée reçue tenace qui veut que le kalon'ny fahiny soit réservé aux dadabe et bebe qui racontent avec nostalgie leur jeunesse lointaine. Fondé en 2022, M'iray Kalo s'emploie justement à démonter ce cliché avec une rigueur presque universitaire — ce qui, avouons-le, devient rare dans un monde où trois accords suffisent parfois à faire carrière.
Car chez M'iray Kalo, rien n'est improvisé. Beaucoup des membres sont enfants de chanteurs de kalon'ny fahiny bien connus. « C'est le kalon'ny fahiny qui a bercé leur enfance », résume Zo Nomena Ranaivo, fondateur et troisième voix du groupe. Lors du recrutement de nouveaux membres, le groupe organise un casting où le timbre seul ne suffit pas. « Savoir chanter est important, mais la connaissance et la passion pour le kalon'ny fahiny sont tout aussi primordiales », insiste-t-il. Choristes, chanteurs classiques, voix issues de formations académiques : tous avancent autour du même fil invisible, celui de vouloir perpétuer le kalon'Imerina. Et cela s'entend. Les harmonies respirent, les voix se répondent sans lourdeur, avec cette retenue presque aristocratique propre au genre.
Mais ce qui distingue vraiment M'iray Kalo se trouve ailleurs : dans les archives, les bibliothèques, les vieilles partitions et les versions oubliées. Le groupe mène un véritable travail de documentation afin de retrouver les interprétations originales des morceaux. « Les auteurs-compositeurs de l'époque n'étaient jamais entrés en studio », rappelle Zo Nomena Ranaivo. « Inona moa no ifandrafirafiana », que tout le monde croit connaître, comportait par exemple des couplets effacés par le temps. En concert, le public suit, surpris parfois de découvrir que cette musique respire encore très bien. Les organisateurs d'événements, eux, semblent simplement avoir quelques décennies de retard.
Solofo Ranaivo