M'iray Kalo : Du vieux par des jeunes
2 juin 2026 // Musique // 48 vues // Nc : 197

On croyait le kalon'ny fahiny condamné aux vieux salons, aux vieux papis et mamies à la retraite depuis des lustres. Et puis quinze jeunes débarquent sur scène, impeccablement alignés, pour rappeler qu'une musique ne meurt jamais tant qu'il reste des voix pour la porter. Avec M'iray Kalo, le chant de l'Imerina retrouve soudain une jeunesse inattendue.

Le kalon'ny fahiny — qu'on appelle aussi kalon'Imerina ou kalon'ny omaly — est un style vocal polyphonique apparu vers la fin du XIXe siècle et florissant jusqu'aux années 1950. Une musique profondément liée à la culture merina, nourrie par les harmonies des chorales protestantes et cette élégance mélodique bien malgache. Justin Rajoro, Rasamigitara, Therack Ramamonjisoa ou Andrianary Ratianarivo en furent quelques grandes figures. Puis le silence, ou presque. Et surtout cette idée reçue tenace qui veut que le kalon'ny fahiny soit réservé aux dadabe et bebe qui racontent avec nostalgie leur jeunesse lointaine. Fondé en 2022, M'iray Kalo s'emploie justement à démonter ce cliché avec une rigueur presque universitaire — ce qui, avouons-le, devient rare dans un monde où trois accords suffisent parfois à faire carrière.

Car chez M'iray Kalo, rien n'est improvisé. Beaucoup des membres sont enfants de chanteurs de kalon'ny fahiny bien connus. « C'est le kalon'ny fahiny qui a bercé leur enfance », résume Zo Nomena Ranaivo, fondateur et troisième voix du groupe. Lors du recrutement de nouveaux membres, le groupe organise un casting où le timbre seul ne suffit pas. « Savoir chanter est important, mais la connaissance et la passion pour le kalon'ny fahiny sont tout aussi primordiales », insiste-t-il. Choristes, chanteurs classiques, voix issues de formations académiques : tous avancent autour du même fil invisible, celui de vouloir perpétuer le kalon'Imerina. Et cela s'entend. Les harmonies respirent, les voix se répondent sans lourdeur, avec cette retenue presque aristocratique propre au genre.

Mais ce qui distingue vraiment M'iray Kalo se trouve ailleurs : dans les archives, les bibliothèques, les vieilles partitions et les versions oubliées. Le groupe mène un véritable travail de documentation afin de retrouver les interprétations originales des morceaux. « Les auteurs-compositeurs de l'époque n'étaient jamais entrés en studio », rappelle Zo Nomena Ranaivo. « Inona moa no ifandrafirafiana », que tout le monde croit connaître, comportait par exemple des couplets effacés par le temps. En concert, le public suit, surpris parfois de découvrir que cette musique respire encore très bien. Les organisateurs d'événements, eux, semblent simplement avoir quelques décennies de retard.

Solofo Ranaivo

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Lire

28 mai 2026

Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Ce dimanche 31 mai, à 15 heures, l'amphithéâtre du Centre de Conférence International d'Ivato accueillera un événement inédit dans l'histoire de la mu...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - LeManana guitariste - Mai 2026 - NC 196

Découvrez LeManana guitariste dans le no comment® NC 196 – mai 2026
LeManana puise ses racines dans le beko du Sud de Madagascar pour mieux les mêler aux rythmes d'Afrique et du monde. Quinze ans après ses débuts sur scène, sa world music a déjà traversé les cinq continents. Rencontre avec un artiste qui n’a pas fini de faire voyager la musique malgache.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir