Tekken aime se présenter comme une saga mondiale : Russes, Brésiliens, Chinois… et maintenant Malgaches. Sur la jaquette, la diversité est là. Mais dès qu’on regarde les personnages en détail, une question revient. Est-ce qu’on représente vraiment des gens, ou juste des clichés avec un drapeau collé dessus ? Avant de lever les torches, on prend ici l’exemple de Tekken, mais la critique pourrait être appliquée à nombre de jeux, comics, films et tout ce que vous voulez. Pour rappel, un personnage français du manga Prince of Tennis est un prince qui s’appelle Prince. Donc, “Prince Prince”…

Diversité carte postale
Prenez Victor Chevalier, nouveau Français de Tekken 8. Amiral légendaire, costume taillé sur mesure, accent chic, Tour Eiffel en fond, katana high-tech et nom qui semble généré par une IA avec un prompt du genre “Donne un nom qui fasse French knight”. Il est stylé, oui. Mais qu’a-t-il de vraiment français, au-delà de l’esthétique carte postale ? On pourrait presque lui changer le passeport sans que personne ne s’en rende compte. C’est tout le paradoxe de Tekken, à savoir une galerie de nations, mais souvent des identités réduites à quelques symboles faciles. On colle un décor, un accent, un drapeau, et on considère que la représentation est réglée.

Même corps, différents pays
Le problème est encore plus flagrant côté personnages féminins. Depuis des années, Tekken recycle quasiment le même corps, une taille fine, de longues jambes, des formes mises en avant, une peau lisse et zéro marque de vie. On change la coupe de cheveux, la tenue, le pays d’origine, de légers twists sur le faciès et c’est reparti. Tout ceci donne l’impression que les combattantes sont interchangeables, simples variations d’un modèle unique. La diversité se joue alors surtout sur la couleur de peau et quelques accessoires locaux.

Miary Zo, les limites de la symbolique
L’arrivée de Miary Zo, première Malgache de la licence, résume parfaitement ce paradoxe. Sur le papier, c’est historique. Langue malgache, inspirations du moraingy, décor de baobabs, lémuriens qui l’accompagnent. Pour les joueurs malgaches, voir enfin leur pays à l’écran a quelque chose de puissant. Mais la critique pointe un malaise. Miary Zo est une énième “waifu Tekken”. Corps standardisé, poses hyper sexualisées, folklore réduit à quelques symboles exotiques. On sent qu’on a voulu cocher la case “diversité” sans trop bousculer les codes marketing habituels.
Représenter un pays ou une culture, ce n’est pas juste changer la couleur de peau, ajouter deux animaux mignons et une musique “locale”. Voir son drapeau ne suffit plus. Aujourd’hui le souhait, c’est de se reconnaître, se sentir représentés. À Bandai Namco maintenant de décider si la prochaine génération de combattants sera juste plus “colorée”, ou enfin plus humaine.
Eymeric Radilofe