Mahilaka : La cité (presque) perdue
11 mars 2026 // Histoire // 2961 vues // Nc : 194

À une vingtaine de kilomètres d’Ambanja, près de la baie d’Ampasindava, s’étendent quelque 70 hectares de vestiges : Mahilaka. Au IXᵉ siècle, ce site fut la première véritable cité de Madagascar. Bien avant que les explorateurs européens n’y posent pied, une population structurée y vivait d’échanges, de plantations et d’activités artisanales. En 1989, l’archéologue Chantal Radimilahy, enseignante et maître de conférences, y a conduit des fouilles majeures. Elle revient sur l’importance de cette cité longtemps méconnue.

Qu’est-ce qui fait de Mahilaka une cité ?
Le nom Mahilaka a été donné plus tard, inspiré des palmiers abondants sur place. Dès les années 800, le site accueillait des explorateurs d’Asie du Sud-Est, grands consommateurs de riz, ainsi que des Africains. Les Swahilis, musulmans, arrivent vers cette période et construisent en corail une forteresse abritant les activités administratives, ainsi qu’une des premières mosquées de l’île. La ville, portuaire, mesurait environ deux kilomètres de long sur un de large. Elle était entourée d’un mur et dotée d’un barrage hydraulique pour la riziculture. Près de la forteresse — véritable « centre-ville », comparable à l’Andohalo de l’époque royale — se trouvait un espace nommé « magasin », composé de compartiments servant probablement au stockage. Malgré la présence musulmane, la population ne semblait pas soumise à une stricte uniformité religieuse : on y consommait du porc et du tangue. Un fragment de chloritoschiste, roche verte utilisée comme marmite, atteste d’une pratique ancienne de cuisson du riz, proche de l’actuel apango. Poissons, crabes et coco complétaient l’alimentation.

Était-ce un point économique stratégique ?
Les fouilles ont révélé des objets importés du golfe Persique et de l’Inde, des perles et des verres colorés — jaune, blanc, bleu — issus de fioles. Des traces de verre brûlé indiquent l’existence d’une fabrique locale. La forteresse concentrait plusieurs activités industrielles gérées par les Swahilis : travail du fer et de l’or (dont l’origine reste inconnue), fabrication de bagues, bijoux, perles en or, mais aussi transformation de l’ivoire et du tissu. Ces artéfacts témoignent d’un système d’échanges structuré. Mahilaka exportait du riz, de l’or, du copal — aujourd’hui encore utilisé pour invoquer les Zanahary —, du zébu, et même des personnes. Les échanges débutent aux Xe et XIᵉ siècles, connaissent un essor marqué aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles.

Pourquoi la cité s’est-elle éteinte ?
Au XIVᵉ siècle, un déclin significatif des importations s’observe. La cité se contracte. L’environnement semble s’épuiser. Un cataclysme naturel est évoqué. Autre hypothèse : la peste. C’est à Mahilaka qu’a été découvert, pour la première fois sur l’île, l’os du rattus rattus, rat transporté par les navires. L’épidémie aurait poussé la population à migrer vers Vohémar ou vers le Sud, à Kingany, toujours près des baies. Plus tard, le site est occupé par d’autres populations. Ce que rappellent ces découvertes, c’est que les écrits européens affirmant l’inexistence de villes avant leur arrivée ou désignant les Vazimba comme premiers habitants sont à nuancer. Les paléontologues évoquent une présence humaine dès 8000 ans avant notre ère, les généticiens autour de 6000 ans. Mahilaka n’a pas livré tous ses secrets. L’île non plus.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

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