Madagasikara Voakajy : L’effet papillon
31 juillet 2026 // Nature // 1576 vues // Nc : 199

Dans la forêt de Mangabe-Ranomena-Sahasarotra, à Moramanga, un rayon de soleil traversant la canopée suffit parfois à révéler un monde miniature en mouvement. Madagasikara Voakajy, organisation malgache engagée depuis des années dans la protection des espèces menacées, vient d'y ouvrir un nouveau front — celui des papillons. Fragiles, discrets, et finalement bien plus bavards qu'ils n'y paraissent sur l'état de santé d'un écosystème.

Jusqu'en 2025, les papillons n'étaient pas encore au programme. Madagasikara Voakajy travaillait sur les baobabs, les reptiles, le babakoto — ces priorités bien connues de la conservation malgache. Mais dans les profondeurs de cette aire protégée de la région Alaotra-Mangoro, un autre trésor attendait. « Au départ, nous ne savions pas exactement ce que nous allions trouver. Mais plus les recherches avançaient, plus nous avons compris que cette forêt possédait une richesse exceptionnelle en papillons », confie Pierre Razafindraibe, leader du Programme Recherche à Mangabe. Avec l'appui du Chester Zoo et en collaboration avec l'Université d'Antananarivo, une première étude est lancée entre avril et mai 2025. Malgré une période peu favorable à l'observation, 42 espèces sont déjà identifiées dès cette première mission.

Les missions suivantes — en novembre 2025, puis entre mars et avril 2026, avec la participation d'un spécialiste du Natural History Museum de Londres — ont permis d'affiner considérablement les connaissances. Au total, 164 espèces de papillons diurnes sont aujourd'hui recensées dans l'aire protégée. Parmi elles figure le célèbre papillon comète de Madagascar, l'Argema mittrei, reconnaissable à ses grandes ailes jaunes lumineuses et ses longues extensions en ruban — une espèce nocturne emblématique qui rappelle, si besoin était, à quel point la biodiversité malgache reste hors norme. Ces espèces ne se trouvent pas toutes au même endroit. Certaines évoluent dans la forêt dense, d'autres dans les zones de lisière où la lumière pénètre davantage, d'autres encore dans les secteurs proches des cultures — ce qui permet d'évaluer concrètement l'impact des activités humaines sur cet équilibre fragile.

Pour mener cet inventaire, les chercheurs ont combiné plusieurs méthodes. Des pièges à Charaxes appâtés avec des fruits fermentés pour les espèces frugivores. Des filets à papillons pour les relevés visuels — contrairement aux idées reçues, ils ne tuent pas les insectes mais permettent une capture temporaire avant relâcher. Des pièges lumineux à UV, installés dans différents habitats, pour observer les espèces nocturnes. « Le papillon est un véritable indicateur. Quand certaines espèces sont présentes, cela montre que l'environnement garde encore un bon équilibre », explique Pierre Razafindraibe. En clair, ces ailes colorées sont aussi des données scientifiques qui volent.

Derrière la recherche, il y a aussi une ambition sociale et économique. Madagasikara Voakajy et les communautés locales envisagent de transformer cette richesse naturelle en levier de développement durable — élevage contrôlé de certaines espèces, tourisme scientifique permettant aux visiteurs de découvrir les papillons sans dégrader leur milieu. « L'objectif est de montrer que protéger la biodiversité peut aussi apporter des bénéfices aux populations locales », souligne le responsable. À Mangabe, chaque battement d'aile devient alors un message — celui d'une forêt qui mérite d'être protégée, et d'une biodiversité capable d'offrir de nouvelles histoires à raconter.

Lucas Rahajaniaina

Contact Facebook : Madagasikara Voakajy
Photos fournies par Madagasikara Voakajy

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir