À Nosy-Be, la terre garde encore quelques secrets sous la surface. En 2026, un ver géant y a rejoint la famille des Kynotidae, endémique de Madagascar. Pour la Dr Malalatiana Razafindrakoto, chercheuse au Laboratoire des radioisotopes de l'Université d'Antananarivo, cette découverte raconte surtout l'immense travail qui reste à faire.

Pas de couleurs flamboyantes, pas de spectacle pour signaler sa présence — Kynotus insularis préfère la terre humide et la discrétion. Pourtant, ce ver de terre découvert à Nosy-Be vient d'ajouter une nouvelle page à l'inventaire encore largement incomplet de la biodiversité malgache. L'espèce a été décrite officiellement le 29 juillet 2026 dans la revue scientifique ZooKeys, à l'issue d'expéditions menées en février et mars 2026 par une équipe trinationale — hongroise, malgache et sud-coréenne. Le nouveau venu n'est pas vraiment un modèle de poche — environ 80 centimètres de long pour 15 à 17 millimètres de diamètre. Impressionnant, certes, mais il laisse le podium au spectaculaire Kynotus giganteus, découvert à Farafangana en 2011 et mesurant près de trois mètres. Le genre Kynotus compte désormais 23 espèces connues, toutes endémiques de Madagascar.
Derrière cette nouvelle espèce se trouve une chercheuse qui a passé des années à regarder là où peu de gens pensent à chercher. « Depuis 2008, j'ai poursuivi mes recherches dans ce domaine », explique Malalatiana Razafindrakoto.
Son histoire commence presque par accident — encore en DEA, un chercheur américain spécialiste mondial des vers de terre débarque à Madagascar. Un enseignant lui suggère de l'accompagner. Elle accepte. Le hasard devient spécialité, puis thèse, puis carrière scientifique. « Madagascar possède une famille endémique de vers de terre, les Kynotidae », rappelle-t-elle. Et sous la biodiversité spectaculaire de la Grande Île se cache cette autre richesse, beaucoup moins visible — un sous-sol dont on n'a pas encore eu le temps de faire le tour.
Ces animaux sont de véritables ingénieurs du sol — en creusant leurs galeries, ils aèrent la terre, facilitent la circulation de l'eau et contribuent à la transformation de la matière organique. Des services écosystémiques essentiels, directement utiles à l'agriculture. « Aujourd'hui, c'est surtout cela que nous recherchons — un impact concret », résume la chercheuse. L'enjeu dépasse la curiosité taxonomique. Pesticides, herbicides et déforestation menacent ces espèces souvent confinées à des espaces réduits. « Les alluvions transportées par les torrents pourraient charrier des gènes qui disparaîtront à jamais au fond de l'océan, avant que nous ayons eu le temps de les connaître », alerte-t-elle. Kynotus insularis n'est donc pas seulement un ver de 80 centimètres découvert à Nosy-Be. C'est un rappel que la biodiversité malgache continue sous nos chaussures.
Lucas Rahajaniaina
Photos fournies par Dr PhD HDR Malalatiana Razafindrakoto