Hery Andriamitantsoa : Recoudre l’actualité
7 mars 2026 // Arts Plastiques // 4704 vues // Nc : 194

À 60 ans, Hery Andriamitantsoa, connu sous la signature Hery A, brouille les lignes entre journalisme, art et artisanat. Photojournaliste chevronné, il brode aujourd’hui ses propres clichés pour en faire des tableaux singuliers, baptisés petakofehin-dehilahy. Une pratique lente, radicale, presque à contre-courant, où chaque point devient un acte de regard.

À première vue, l’association étonne. Le terrain, l’urgence de l’actualité, puis l’aiguille et le fil. Pourtant, chez Hery Andriamitantsoa, la broderie n’a rien d’un caprice tardif. Elle prend racine dans l’enfance, sur les bancs de l’école primaire publique. « J’ai tout de suite senti que le travail manuel me parlait », confie-t-il. Longtemps étouffée par le rythme du photojournalisme – déplacements, reportages, délais serrés –, cette passion ressurgit durant la pandémie de Covid-19. Une pause forcée, presque brutale, qui devient un tournant. Depuis, chaque mission nourrit son atelier. À Manakara, Ambalavao Tsienimparihy ou en milieu rural, il photographie des trains, des marchés de zébus, des scènes de vie ordinaires. Certaines images s’imposent d’elles-mêmes. « Je sais immédiatement laquelle mérite de devenir un petakofehy », explique-t-il. L’image est d’abord imprimée, reportée au papier calque, puis patiemment transposée en fil. Le geste est méticuleux, presque méditatif.

Son approche reste celle d’un photojournaliste. Rien n’est laissé au hasard. « La photo me permet de maîtriser l’angle, la profondeur, la composition », souligne-t-il. Ses broderies prolongent ce cadrage initial : paysages habités, portraits, scènes du quotidien, animaux – surtout les oiseaux, qu’il observe et photographie parfois depuis chez lui. L’ensemble compose un univers à la fois documentaire et sensible, où le réel n’est pas enjolivé, mais approfondi. Côté technique, Hery Andriamitantsoa revendique une pratique 100 % manuelle. Pas de machine. Ses outils sont simples : aiguilles à large chas, ciseaux, dé à coudre, papier calque, et une impressionnante collection de fils de couleur. Rouge profond, jaune ocre, vert végétal, noir intense pour les contours, bleu pour suggérer les carnations, doré pour capter la lumière. « Il faut avoir toutes les couleurs sous la main », insiste-t-il. Les tissus – soga, popeline, tergal ou crique – sont choisis avec exigence, le soga restant son favori pour sa résistance. Chaque tableau demande en moyenne six jours de travail, entre patience, intuition et discipline.

D’abord partagées sur Facebook, ses œuvres suscitent rapidement l’intérêt. Il n’envisageait pas de les vendre ; aujourd’hui, certaines pièces sont proposées à partir de 200 000 ariary, même si plusieurs restent inaliénables. « Il y a des images que je ne peux pas laisser partir », admet-il. Au-delà de l’objet, les petakofehin-dehilahy interrogent les codes. Broder, lentement, des scènes complexes, en tant qu’homme, surprend encore. « On me demande souvent si c’est vraiment un homme qui a fait ça », sourit-il. Lavés, repassés puis encadrés, ses tableaux ne figent pas l’instant. Ils le racontent, point par point.

Lucas Rahajaniaina

Contact téléphone et Whatshapp : 0347917452
Facebook : Andriamitantsoa Hery

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golf: Du green à Antalya

Lire

11 octobre 2026

Golf: Du green à Antalya

Ce samedi 10 octobre, le Golf du Rova à Andakana accueillait l’étape malgache de la Turkish Airlines World Golf Cup 2026. Ambiance concentrée, organis...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Making of shooting mode – octobre 2026 – NC 201

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition octobre 2026 - NC 201
Prise de vue : Café Mary Ankadimbahoaka  
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Mélodie, Thibault, Diamondra, Nomena, Akim, Mitia, Taniah, Tafita
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir