À 60 ans, Hery Andriamitantsoa, connu sous la signature Hery A, brouille les lignes entre journalisme, art et artisanat. Photojournaliste chevronné, il brode aujourd’hui ses propres clichés pour en faire des tableaux singuliers, baptisés petakofehin-dehilahy. Une pratique lente, radicale, presque à contre-courant, où chaque point devient un acte de regard.

À première vue, l’association étonne. Le terrain, l’urgence de l’actualité, puis l’aiguille et le fil. Pourtant, chez Hery Andriamitantsoa, la broderie n’a rien d’un caprice tardif. Elle prend racine dans l’enfance, sur les bancs de l’école primaire publique. « J’ai tout de suite senti que le travail manuel me parlait », confie-t-il. Longtemps étouffée par le rythme du photojournalisme – déplacements, reportages, délais serrés –, cette passion ressurgit durant la pandémie de Covid-19. Une pause forcée, presque brutale, qui devient un tournant. Depuis, chaque mission nourrit son atelier. À Manakara, Ambalavao Tsienimparihy ou en milieu rural, il photographie des trains, des marchés de zébus, des scènes de vie ordinaires. Certaines images s’imposent d’elles-mêmes. « Je sais immédiatement laquelle mérite de devenir un petakofehy », explique-t-il. L’image est d’abord imprimée, reportée au papier calque, puis patiemment transposée en fil. Le geste est méticuleux, presque méditatif.

Son approche reste celle d’un photojournaliste. Rien n’est laissé au hasard. « La photo me permet de maîtriser l’angle, la profondeur, la composition », souligne-t-il. Ses broderies prolongent ce cadrage initial : paysages habités, portraits, scènes du quotidien, animaux – surtout les oiseaux, qu’il observe et photographie parfois depuis chez lui. L’ensemble compose un univers à la fois documentaire et sensible, où le réel n’est pas enjolivé, mais approfondi. Côté technique, Hery Andriamitantsoa revendique une pratique 100 % manuelle. Pas de machine. Ses outils sont simples : aiguilles à large chas, ciseaux, dé à coudre, papier calque, et une impressionnante collection de fils de couleur. Rouge profond, jaune ocre, vert végétal, noir intense pour les contours, bleu pour suggérer les carnations, doré pour capter la lumière. « Il faut avoir toutes les couleurs sous la main », insiste-t-il. Les tissus – soga, popeline, tergal ou crique – sont choisis avec exigence, le soga restant son favori pour sa résistance. Chaque tableau demande en moyenne six jours de travail, entre patience, intuition et discipline.
D’abord partagées sur Facebook, ses œuvres suscitent rapidement l’intérêt. Il n’envisageait pas de les vendre ; aujourd’hui, certaines pièces sont proposées à partir de 200 000 ariary, même si plusieurs restent inaliénables. « Il y a des images que je ne peux pas laisser partir », admet-il. Au-delà de l’objet, les petakofehin-dehilahy interrogent les codes. Broder, lentement, des scènes complexes, en tant qu’homme, surprend encore. « On me demande souvent si c’est vraiment un homme qui a fait ça », sourit-il. Lavés, repassés puis encadrés, ses tableaux ne figent pas l’instant. Ils le racontent, point par point.
Lucas Rahajaniaina
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