Herizo Robin : « Le manque de sensibilisation sur les impacts environnementaux et sociaux de la mode m'a poussé à agir »
31 août 2024 // Mode & Design // 8932 vues // Nc : 176

Nous sommes le 24 avril 2013, au Rana Plaza, une usine de textile située à Dhaka, au Bangladesh. À 9h du matin, le bâtiment s’effondre, emportant avec lui la vie d’au moins 1134 personnes. Cette tragédie met en lumière les enjeux sociaux et environnementaux de l’industrie de la mode, soulignant la nécessité d’un changement radical. Orsola de Castro et Carry Somers, les fondatrices du mouvement Fashion Revolution, ont réagi en lançant une campagne mondiale pour promouvoir la transparence et la durabilité dans la mode. Leur initiative vise à sensibiliser le public sur les impacts de la fast fashion et à encourager les consommateurs à poser des questions sur l’origine de leurs vêtements. Nous avons rencontré Herizo Robin, coordinateur de Fashion Revolution pour Madagascar, pour discuter des défis actuels et des solutions à envisager pour une mode plus responsable.

Qui participent au mouvement ?
La communauté Fashion Revolution Madagascar est composée de créateurs locaux et internationaux de la diaspora, de consommateurs conscients, et d'organisations, tous contribuent volontairement au mouvement. Notre vision est de transformer l'industrie de la mode à Madagascar en un secteur où les pratiques durables sont la norme, où la culture et les savoir-faire locaux sont célébrés et valorisés.

Pourquoi Fashion Revolution à Madagascar ?
J'ai constaté que Madagascar possède un riche héritage en matière de savoir-faire artisanal et de textiles naturels, mais ces atouts sont souvent négligés au profit de modes de production plus rapides et moins durables. Le manque de sensibilisation sur les impacts environnementaux et sociaux de la mode m'a poussé à agir. Il était crucial de créer une plateforme comme Fashion Revolution Madagascar pour rassembler et sensibiliser les créateurs, artisans, et consommateurs autour des valeurs de durabilité, d'équité, et de transparence. Madagascar fait face à plusieurs défis majeurs. Sur le plan environnemental, la déforestation et la dégradation des terres menacent la disponibilité des matières premières naturelles comme le raphia.

Comment agissez-vous face à cette situation ?
Je suis un consultant en mode durable en ligne basé à Lisbonne. J'offre mon expertise ainsi que des conseils, des workshops pour les professionnels de la mode, axés sur des pratiques durables et circulaires, ainsi qu'une analyse de la chaîne de valeur. J'encourage également les collaborations entre créateurs pour partager des ressources et des idées. Je peux collaborer avec des organisations, des usines ou encore des marques. La sensibilisation des consommateurs est une partie essentielle de notre mission. Nous organisons des campagnes en ligne, nous avons lancé des campagnes sur les réseaux sociaux pour encourager les Malgaches à acheter local et durable, et à réfléchir à l'impact environnemental de leurs vêtements.

Et pour la suite ?
Nous avons plusieurs projets en tête, comme des workshops locaux pour éduquer le public sur l'impact de leurs choix de consommation d'ailleurs je suis activement à la recherche d'un représentant pays pour diriger ses initiatives à Madagascar. L'extension de nos ateliers de formation pour toucher plus de créateurs à travers Madagascar. Nous aimerions collaborer avec des organismes de tous genres, incluant les domaines artistique et culturel, les ambassades, les compagnies, les marques, ou même les usines qui adhèrent à nos valeurs ou sont intéressées à sponsoriser et collaborer avec Fashion Revolution Madagascar. Enfin, nous prévoyons de renforcer nos partenariats avec des organisations internationales pour amplifier notre impact.

Quel est le potentiel de la mode durable ?
Le marché mondial de la mode durable, estimé à environ 7,45 milliards de dollars en 2023, poursuit sa croissance pour atteindre 12,94 milliards de dollars d'ici 2030 avec un taux de croissance annuel composé de 8,2 %. À Madagascar, malgré les défis environnementaux et sociaux, le marché de la mode durable continue de se développer modestement.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

Photos : Fashion Revolution Madagascar
Mail : madagascar@fashionrevolution.org
Instagram : Fashion Revolution Madagascar

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Littérature : Hommage à Clarisse Ratsifandrihamanana

Lire

15 avril 2026

Littérature : Hommage à Clarisse Ratsifandrihamanana

Les écrits restent, l’héritage demeure. Samedi 11 avril, une étape symbolique a été franchie au Musée de la Photo à Ambohidahy : l'inauguration offici...

Edito
no comment - Notre janvier à nous

Lire le magazine

Notre janvier à nous

Il y a quelque chose d'assez beau dans l'idée de commencer l'année en mars. Quand le reste du monde a déjà oublié ses résolutions de janvier, nous, nous prenons le temps — celui du calendrier lunaire, celui des ancêtres. Ce n'est pas du retard. C'est une autre façon de mesurer le temps.
Cette année, quelque chose a changé. Ou plutôt : quelque chose est en train de revenir. De plus en plus de Malgaches — jeunes surtout, ce qui n'est pas anodin — se retournent vers leurs racines, cherchent à comprendre ce que signifie réellement l'Alahamadibe, posent des questions que leurs parents n'avaient pas forcément posées. Cette prise de conscience mérite qu'on s'y arrête. On ne peut avancer qu'en sachant d'où l'on vient. C'est vrai pour les individus.
C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

No comment Tv

Interview - kaMi - Avril 2026 - NC 195

Découvrez kaMi artiste recycleur dans le no comment ® NC 195 - avril 2026
Né à Antananarivo, d'origines Betsimisaraka et Mahafaly, il transforme depuis l'adolescence les déchets en œuvres d'art. Canettes, bouteilles, journaux, emballages : entre geste écologique et démarche artistique, cet artiste recycleur self-made rêve aujourd'hui d'une boutique et de transmettre son savoir-faire.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir