À Madagascar, le secteur du bien-être et de la médecine douce est en pleine expansion. Pourtant, entre amalgames et manque de qualification, la profession souffre encore d’idées reçues. Rencontre avec Hélène, fondatrice de Hélène Massage, qui cumule près de 20 ans d’expérience.


Pourquoi le bien-être ne s’improvise-t-il pas, et comment se forme-t-on réellement à ce métier ?
Parce que nous travaillons directement sur le corps humain. Le corps est sensible, complexe, et on ne peut pas s’autoproclamer massothérapeute du jour au lendemain. C’est une branche de la médecine douce qui requiert des bases théoriques et pratiques solides. Dans notre secteur, de l’agent d’accueil au technicien de surface, en passant évidemment par le massothérapeute, tout s’apprend. Nous dispensons ainsi des formations d’environ trois semaines, alliant théorie et pratique. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre des manœuvres de massage amincissant ou relaxant, mais aussi de savoir ouvrir et gérer son propre salon dans les règles de l’art, avec une table adaptée et une bonne ergonomie de travail. Nous proposons ces formations à 350 000 Ariary. Il n’y a pas vraiment de limite d’âge pour s’initier, mais le métier exige des aptitudes physiques et mentales. Il faut de la force, de la rigueur et beaucoup de patience. Certains détails comptent aussi, comme avoir les mains plates, tandis que l’hyperhidrose peut être un frein.
Quels sont les principaux préjugés auxquels le secteur doit encore faire face ?
Le manque d’information et les tabous restent importants. Beaucoup pensent encore qu’on va dans un salon de bien-être uniquement lorsqu’on est malade, alors qu’il s’agit aussi d’un soin préventif pour entretenir son corps. Il faut également casser la confusion entre massothérapie et prostitution. Aucun mélange n’est acceptable si l’on veut bâtir une activité sérieuse et pérenne. Depuis 2024, je sillonne Madagascar pour former les futurs acteurs du secteur. J’ai commencé à Tamatave, où notre première promotion a été parrainée par l’Office Régional du Tourisme du Faritra Antsinanana, puis à Majunga, Nosy Be, Diego et Antananarivo. Le constat est clair, la demande est immense. Les grands hôtels recherchent du personnel qualifié, notamment dans les zones touristiques.
Après près de vingt ans de carrière, qu’est-ce qui vous permet de durer ?
J’ai débuté en 2005 et je n’ai jamais cessé d’apprendre. J’ai suivi des cursus personnalisés, notamment en réflexologie plantaire auprès du fondateur de Ravintsara, qui m’a certifiée. Si Hélène Massage existe toujours après deux décennies, c’est parce que je continue d’enrichir mes compétences au quotidien. Le savoir ne s’arrête jamais. C’est cette quête que je transmets à mes élèves dans les quatre coins de l’île.
Propos recueillis par Tatiana Randriamanakajasoa