Fiza : Pas bidon !
4 février 2025 // Métiers & Petits Métiers // 4593 vues // Nc : 181

Aux abords des rues d’Amboditsiry, plus d’une cinquantaine de bidons jaunes s’alignent près d’une pompe. Fiza est toujours dans les parages, aux horaires de travail qui traversent la nuit. Porteur d’eau, il s’occupe d’aligner les bidons. À 19 heures, il commence à attendre que l’eau revienne pour les remplir et les ramener au petit matin.

Plus de deux ans que l’approvisionnement d’eau à la pompe d’Amboditsiry est en panne pendant la journée : l’eau n’y coule que la nuit, sans horaire fixe. Fiza et ses compagnons s’y installent en début de soirée, après le dîner. « L’eau ne coule pas le jour. Elle commence à arriver vers 22 heures. Je remplis les bidons et je reste là à les garder jusqu’à ce que je puisse les ramener. » Fiza n’attend que les aurores pour les ramener auprès des maisons propriétaires. « Je ne peux pas les laisser, mais je ne peux pas non plus les ramener au milieu de la nuit. Il faut attendre autour de quatre ou cinq heures du matin. » En équipe, Fiza et ces quatre compagnons – tous porteurs – ne craignent pas la nuit. « Si l’on commence à remplir à 22 heures, tout est plein vers trois heures du matin. »

Des bidons de plus d’une dizaine de ménages s’alignent à cet endroit tous les jours. En début d’après-midi, le porteur reprend les bidons auprès de ces propriétaires pour les aligner près de la pompe, et la routine reprend à 19 heures.

Ils sont cinq à six foyers, déjà clients fidèles de Fiza. Un bidon lui rapporte entre 500 et 600 Ariary selon la distance, et le porteur ne limite pas ses trajets dans ce quartier d’Amboditsiry. Aux temps qui courent, Fiza admet que c’est une somme qui reste assez serrée, et c’est sa femme qui apporte son aide en étant lavandière. « L’argent s’épuise vite de nos jours : si je gagne 10.000 ou 15.000 Ariary par jour, ce n’est pas assez pour nourrir ma famille ». Un métier qui demande bien des forces. Pour Fiza, qui a auparavant travaillé dans une société aux alentours, il faut s’habituer à ces nouveaux horaires. « Au début, il était difficile de m’adapter aux horaires de nuit et de rester éveillé, mais avec le temps, j’ai fini par m’habituer. » Dans le quartier, tout le monde le connaît : Fiza rend service à des clients fidèles, des foyers parfois ayant une pompe, mais que la panne a également touché. « Je peux faire jusqu’à une vingtaine, parfois même une trentaine de bidons en une nuit de travail. » Au physique et au mental de fer, Fiza reste positif : « Un travail est toujours agréable quand on le fait avec le cœur pur. » Le père de famille avance fièrement malgré la fatigue. « Il y a eu des protestations l’année dernière, mais les solutions n’ont pas été satisfaisantes. On nous a également promis à plusieurs reprises de régler la panne d’approvisionnement, mais cela n’a pas été fait. » Maintenant, Fiza espère voir la panne du jour résolue, pour que ses nuits soient de meilleurs repos.

Rova Andriantsileferintsoa

Numéro : +261 34 16 052 13

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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