Attendre, ce n’est pas rien. Surtout quand l’attente dure plus de dix ans. GTA 6 est devenu bien plus qu’un jeu à venir. C’est un événement culturel suspendu, une promesse que des millions de joueurs tiennent en réserve. Mais à force d’attendre, on finit par se demander ce qu’on espère vraiment. Le jeu, ou l’idée qu’on s’en fait.

L’attente comme spectacle
Dans la plupart des sorties, on découvre un jeu, on y joue, on passe à autre chose. GTA 6 fonctionne autrement. Le vrai terrain de jeu, pour l’instant, c’est l’attente elle-même. Chaque image, chaque rumeur, chaque seconde de bande-annonce est disséquée, ralentie, commentée. La première vidéo a battu des records de vues en quelques heures, avant même qu’on ait vu la moindre minute de gameplay.
C’est fascinant. On ne parle pas d’un produit, mais d’un horizon. Le jeu n’existe pas encore, et pourtant il occupe déjà une place immense dans l’imaginaire collectif.

La machine à promesses
Rockstar a construit sa réputation sur la démesure. GTA V s’est vendu à des chiffres qui donnent le vertige, et son mode en ligne a tenu des années. Dans ces conditions, difficile de ne pas fantasmer sur un successeur parfait. On imagine une histoire ambitieuse dans une ville vivante avec une liberté totale. Le studio entretient soigneusement ce désir en partageant très peu d’informations. Chaque silence devient une invitation à rêver.
Mais plus l’attente grandit, plus la marche à franchir devient haute. Un jeu, aussi réussi soit-il, peut-il vraiment être à la hauteur de dix ans d’imagination ?

Quand attendre devient un piège
C’est là que la question se retourne. Attendre GTA 6, c’est aussi risquer de le condamner par avance. Les hype trains les plus spectaculaires produisent parfois les déceptions les plus dures, pas parce que le jeu est mauvais, mais parce qu’aucun jeu ne peut égaler une attente devenue aussi démesurée. On l’a vu ailleurs. Des titres corrects écrasés par le poids de leurs propres promesses.
À l’inverse, garder une distance saine permet parfois de retrouver, le jour venu, le simple plaisir de découvrir. Attendre trop fort, c’est déjà se préparer à en vouloir. Il est tout bonnement impossible que GTA 6 réponde aux désirs de tous les joueurs.
Alors, faut-il attendre GTA 6 ? Oui, sans doute, parce que la curiosité est légitime et que le studio a rarement déçu. Mais peut-être faut-il attendre autrement. Non pas comme on guette un miracle, mais comme on attend une bonne histoire. Ce compte à rebours ne parle pas seulement d’un jeu. Il parle de notre rapport au désir, de ce que nous sommes prêts à projeter sur une simple promesse, et de notre capacité à refreiner nos attentes.
Eymeric Radilofe