À Madagascar, deux femmes ont décidé que les costumes de cinéma méritaient autant d'attention que la caméra. Nirihasina Rakotoarimalala et Mihamintsoa Rakotoniaina ont fondé CineCraft en 2025. Un pari sur un métier que personne, ici, n'a encore vraiment appris à voir.

Dans les grands studios hollywoodiens, le département HMC — habillage, maquillage, costume — peut mobiliser des dizaines de personnes, des mois de recherche, des budgets à six chiffres. Edith Head, la costumière la plus oscarisée de l'histoire du cinéma, disait qu'un costume réussi, c'est celui dont le spectateur ne se souvient pas consciemment — mais qui a tout construit. À Antananarivo, Nirihasina Rakotoarimalala et Mihamintsoa Rakotoniaina travaillent avec des moyens sans commune mesure. Mais la conviction, elle, est exactement la même. CineCraft, fondé en 2025, est une petite entreprise spécialisée en HMC pour le cinéma malgache. Derrière ce nom sobre, deux passionnées qui relient des fils — de costumes et d'histoire. Sans jamais en faire trop, elles donnent vie au personnage, lui construisent une identité fidèle à l'intention du réalisateur, tout en glissant leur propre part de créativité. « Nous en discutons avec celui-ci, puis nous validons le costume ensemble », explique Nirihasina. Le mot "ensemble" n'est pas anodin.
Car le HMC n'est pas un détail de production. C'est, selon le vocabulaire technique, un département à part entière du production design — ce périmètre où tout ce que l'on voit à l'écran, tout ce qu'on ressent sans savoir pourquoi, a été pensé. « Ce n'est pas un poste à négliger car il offre à l'acteur un moment au cours duquel il prend du recul pour s'imprégner du personnage », dit Mihamintsoa. Une pause, un sas. Certains acteurs disent qu'ils n'habitent vraiment leur rôle qu'une fois costumés. On les croit. Le travail est aussi technique qu'intuitif. « Nous travaillons en étroite collaboration avec le département image, et nous choisissons le costume en fonction de la palette de couleurs et de la lumière sur le plateau », expliquent-elles, en vraies techniciennes. Mihamintsoa et Nirihasina ont tout appris en autodidacte — à Madagascar, ce métier n'a pas son école. C'est ainsi qu'elles découvrent, par exemple, que certains tissus génèrent des bruits parasites selon le matériel son. Des savoirs invisibles, acquis sur le tas. « Le métier n'est pas encore assez connu ni valorisé, et parfois, cela a un impact sur le budget », regrette Mihamintsoa.
CineCraft compte déjà quatre courts-métrages et un long-métrage à son actif — Mandrakizay Doria de Franco Clerc. Nirihasina se souvient d'un moment marquant sur ce tournage : « Les villageois ont apporté leurs lamba, leurs draps, leurs couvertures, et nous les avons adaptés en costumes. » L'artisanat au sens premier — réajuster, composer, transformer. Comme à son nom, CineCraft bricole avec intelligence. L'association au programme Booster Entreprendre du Projet Ony leur ouvre aujourd'hui de nouvelles perspectives, notamment en couture. Les ambitions, elles, sont claires : productions internationales, prix, et un jour, un hangar à garde-robe signé CineCraft. En attendant, il y a un geste simple pour reconnaître ces métiers de l'ombre : rester assis jusqu'à la fin du générique.
Rova Andriantsileferintsoa
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