A.S. Andry Madagascar : Il fait feu de tout bois
8 septembre 2023 // Arts Plastiques // 8839 vues // Nc : 164

L’art de la pyrogravure à Madagascar a su gagner en notoriété grâce à Andriamanantena Solofo Andry, connu sous son nom d’artiste A.S Andry. Fils aîné du grand écrivain Georges Andriamanantena (RADO), A.S Andry a hérité du talent de son père, qu’il a transmis plus tard à ses enfants. Un véritable héritage familial qui se transmet de génération en génération.

RADO est le premier à  maîtriser la pyrogravure ou l’art de dessiner des formes et des motifs sur le bois en brûlant sa surface.  D’ailleur, c’est lui qui a inventé le terme « Paikafo » afin de traduire le nom de cette technique artistique captivante en malgache. Initié dès son plus jeune âge, son fils A.S Andry a décidé de poursuivre les œuvres de son père plus tard, ce qui lui a permis de se familiariser petit à petit avec la pyrogravure. «Au début, j’étais fou de dessin. Quand j’étais au lycée, je passais mon temps à dessiner, à faire des portraits sur papier et je m’en sortais très bien. C’est en voyant mon père l'utiliser avec du bois que j’ai commencé à m'intéresser au paikafo ». Ayant le sens du patriotisme, A.S Andry a réussi à combiner l’amour qu’il porte pour Madagascar et l’art de la pyrogravure. Depuis, il a su ce qu’il allait faire pour le restant de sa vie. « J’ai étudié l’histoire et la géographie à l’université, car il y avait encore des Malgaches qui ne connaissaient pas vraiment l’histoire de leur propre pays. De ce fait, j’ai décidé d’apporter ma contribution pour mon pays à l’aide du paikafo. Souvent, je représentais des œuvres historiques à travers mon art : le Rova de

Manjakamiadana, le Rova d’Ambohimanga, les trano en falafa, mais aussi les valeurs symboliques qui rendaient Madagascar unique ». Grâce à sa persévérance et son travail acharné, non seulement il est très demandé, mais ses œuvres s’étendent aussi jusqu’à l’étranger sans oublier l’objectif principal : promouvoir la richesse culturelle de Madagascar.

Son histoire avec le paikafo a commencé en 1990 mais à cause de la crise de 2009, A.S Andry a dû fermer les portes de son atelier situé à Tahala Rarihasina. Il prendra ensuite un tournant fondamental dans son développement en 2019, car il a fondé une entreprise nommée A.S Andry Madagasikara (Angola Sambatra Andry) dans le but d’honorer l’héritage familial et de soutenir l’extension de l’art de la pyrogravure. Comme RADO a inspiré son fils, A.S Andry a lui aussi réussi à transmettre l’amour de cet art à sa fille, Angola Andriamanantena, et à son époux, Sambatra Ranaivoson. En consacrant beaucoup de temps et d’énergie à développer leur entreprise, ils ont bâti un empire familial avec un esprit d’équipe primordial pour augmenter leur productivité. Si A.S Andry se focalise spécialement sur la pyrogravure réalisée à la main, ses équipiers, eux, font de la gravure sur bois. « En effet, cette méthode commence par un design réalisé sur ordinateur, qui est ensuite peaufiné à la main » explique Sambatra. Plutôt tourné vers la réalité qu’une apparence sur la toile, A.S Andry a tout de même succombé aux sirènes de la communication digitale. Les ventes découlent grâce à ses œuvres qui sont devenues de plus en plus visibles sur les réseaux sociaux. « À part les étrangers, beaucoup de Malgaches au Canada ou en France nous contactent pour commander nos créations ». La pyrogravure, un art unique, plus ou moins répandu à Madagascar, fait d’A.S Andry le seul à pouvoir le juguler.

Côté artistique, la pyrogravure requiert beaucoup de temps, comme le rapporte A.S Andry. « C’est un travail minutieux et précis qui demande de la patience. Le temps de la conception peut aller de sept jours à sept mois en fonction du motif demandé par les clients. On n’utilise pas n’importe quel bois. Pour le respect de l’environnement, on fait usage de bois de récupération comme matière première ». D’autres matériaux sont aussi utilisés tels que le coton, les nattes ou encore le cuir. De plus, ce type de pyrogravure peut généralement durer 50 à 60 ans. « La plupart du temps, les clients viennent nous voir avec leurs photos ou leurs portraits et nous demandent de les reproduire sur le bois ». En outre, ce qui est dur avec ce métier, ce sont les effets secondaires produits par l’inhalation de fumées toxiques. « L’utilisation d’un pyrograveur bois comporte certains risques, notamment de brûlure et d’incendie. Non seulement les fumées peuvent affecter mes poumons mais elles vont aussi directement dans mes yeux ». De plus, la technique du paikafo ne laisse pas de place à l’erreur, au risque de dégrader le support, il est quasiment impossible de faire marche arrière.

Quand on commence à avoir de la notoriété, on commence à avoir de la concurrence. Depuis qu’A.S Andry Madagasikara s’est fait un nom dans le milieu, beaucoup de gens se sont lancés dans l’art de la pyrogravure, ce qui peut être à la fois positif et nuisible vis-à-vis de l’art lui-même. « On est très fier que notre travail inspire les passionnés d’art, mais certains s'approprient mon nom ou revendent ce que j’ai conçu ici à l’étranger sans mon consentement » raconte A.S Andry. Une des raisons pour lesquelles ils ont été obligés de déposer une marque auprès de l’OMAPI visant à protéger les œuvres littéraires et artistiques.

De temps en temps, on ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil admiratif aux œuvres d’A.S Andry. Des travaux qui suscitent également l’admiration des Malgaches, des touristes, mais aussi de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Antananarivo. Plus précisément, les créations d’A.S Andry Madagasikara sur le Rova de Manjakamiadana ont été choisies comme meilleur produit lors de la 8ème édition et ont produit un coup de cœur lors de l’édition suivante. Du jamais vu. « Être reconnu et élu produit coup de cœur est un grand honneur pour nous. Cela prouve vraiment que les gens continuent d’apprécier notre art. En plus du travail de gravure, on met aussi beaucoup d’amour dans notre travail. C’est ce que les gens arrivent à percevoir à travers nos œuvres ». En collaborant toujours ensemble, le talent des trois artisans d’A.S Andry Madagasikara ne se limite pas à la pyrogravure. Récemment, ils se sont lancés dans la réalisation de portefeuilles en cuir 100%, faits main. « Ce n’est pas tout le monde qui a la possibilité de commander nos œuvres conçues par le paikafo. Ainsi, on a eu l’idée de lancer d’autres produits comme les portefeuilles pour que les gens puissent s'approprier nos créations. Le prix est également moins élevé que celui de la pyrogravure ».

Actuellement, A.S Andry Madagasikara, situé à Mandosoa Ivato, a été sélectionné parmi des milliers d’artisans de Madagascar pour exposer ses œuvres artistiques au village des jeux Andohatapenaka à l’occasion des Jeux des îles de l’océan Indien. Grâce à son savoir-faire et à sa passion inébranlable, A.S Andry reste le maître incontesté de l’univers de la pyrogravure à Madagascar.

Propos recueillis par  Cédric Ramandiamanana

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