À force de passer en boucle sur les radios, Whine, Bubblin a fini par s’imposer dans le paysage sonore malgache. Son clip, bien loin de ce que proposent habituellement les petits écrans locaux, place Ali OneJah au cœur d’un débat entre danse, provocation et ouverture culturelle.


Dès les premières mesures de Whine, Bubblin, le ton est donné. Un rythme dancehall solaire, calibré pour enflammer le dancefloor, un refrain entêtant qui s’impose sans effort, et une énergie taillée pour faire bouger les corps avant même d’interroger les esprits. Le morceau, récemment sorti et déjà largement diffusé sur les ondes, s’impose comme un tube assumé, porté par une esthétique volontairement frontale. Mais ce sont surtout les images qui ont fait réagir. Le clip de Whine, Bubblin bouscule, en quelques séquences, certains codes moraux malgaches. Femmes aux tenues très légères, mouvements très sensuels, danses explicites centrées sur les hanches : le langage corporel est revendiqué, pleinement inscrit dans l’imaginaire dancehall. Ali OneJah affirme pourtant avoir appliqué des filtres, tenant compte des sensibilités locales. « Sinon, ça aurait été encore plus osé », confie-t-il. Une retenue relative, qui n’a pas empêché critiques et polémiques d’affluer.
Sous ses airs festifs, Whine, Bubblin n’est pourtant pas qu’un simple morceau pour la fête. L’inspiration est volontairement simple, presque narrative. Celle d’un renversement amoureux : un garçon longtemps ignoré devient soudain objet de désir. Mais l’heure n’est plus aux promesses profondes. « Si c’est pour profiter du moment, pourquoi pas, mais pas pour une relation sérieuse », résume l’artiste, non sans humour. De ce refus naît une réponse claire : autant se contenter de whine et de bubblin, ces mouvements empruntés au dancehall jamaïcain.
Pensé comme un titre dynamique, le morceau revendique le mouvement, la danse, l’instant. Ici, pas de démonstration vocale inutile : l’objectif est ailleurs. Faire bouger. Faire sourire. Faire vivre. Et surtout, inscrire Madagascar dans une culture musicale globale où ce type de clip est anodin, en Jamaïque comme dans plusieurs pays d’Amérique du Sud. Le projet ne se pense donc pas uniquement à l’échelle locale. Refrain en jamaïcain, passages en français, esthétique léchée : Whine, Bubblin vise clairement un public international. Tourné en une seule journée, du midi jusqu’à l’aube, le clip témoigne d’un soin particulier porté aux détails.
Zouk, reggae, ragga, shatta ou dancehall : Ali OneJah navigue entre les rythmes, fidèle à un ancrage revendiqué. Avec Whine, Bubblin, il ne cherche pas à provoquer pour provoquer, mais à affirmer qu’à Madagascar aussi, le dancehall existe, s’assume, et danse face au monde.
Lucas Rahajaniaina
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