AKAFITA : De rien à quelqu’un
14 mai 2026 // Assos // 127 vues // Nc : 196

Depuis 1958, un orphelinat discret du quartier d'Ampitatafika accueille, élève et propulse des enfants que la vie a mis à la marge. Plus de 300 sont passés entre ces murs. Certains pilotent aujourd'hui des carrières de mécaniciens aéronautiques ou de géotechniciens. L'histoire continue — à quarante enfants près.

Il y a des maisons qui ressemblent à des maisons. Et puis il y a Akany Fialofana Tangaina — AKAFITA pour les intimes — qui ressemble, elle, à autre chose. À une promesse tenue depuis soixante-sept ans. Fondé en 1958, le foyer a traversé les régimes, les crises, les grandes sécheresses de générosité qui frappent périodiquement le secteur associatif. Il est toujours là. Quarante enfants y vivent aujourd'hui, venus pour la plupart de la périphérie de Tanà, certains de plus loin — Soavinandriana, Ambatomanga —, tous réunis dans ce que la directrice, Randrianaivoarivelo Beby Hasina, appelle sans fausse pudeur « une famille ». « Notre mission, c'est de bombarder les enfants d'amour pour soigner leurs cœurs et booster leur avenir. On est plus qu'une équipe : on est leur papa, leur maman, leurs tontons et leurs taties », lance-t-elle.

Derrière la chaleur, une mécanique rodée. AKAFITA ne prend pas les enfants au hasard. Une enquête sociale approfondie précède chaque admission, pour s'assurer que le besoin est réel. La prise en charge commence à cinq ans — âge de l'entrée en scolarisation — et ne va pas au-delà de dix ans. « Passé cet âge, nous ne pouvons plus les intégrer », précise la direction. C'est une philosophie, autant qu'une contrainte : accompagner l'enfant au plus tôt, pour peser sur tout le reste.

Le modèle économique, lui, tient du funambulisme. Quinze millions d'ariary par mois pour couvrir scolarité, charges fixes et quotidien — soit 375 000 ariary par enfant. Pour boucler ce budget, AKAFITA s'appuie sur un savant équilibre : dons de fondations, soutien de la paroisse FJKM, parrainages — dix enfants actuellement parrainés, dont sept par des étrangers à hauteur de 65 euros mensuels. Les cinq pour cent restants viennent des activités propres du centre : petit commerce artisanal, gestion d'un parking. Rien n'est laissé au hasard, tout est compté. Les 300 anciens, eux, n'ont pas oublié d'où ils viennent. « Nos anciens assurent grave », dit fièrement la directrice. Il y a dans cette phrase toute la fierté discrète de ceux qui savent ce qu'une seconde chance peut produire quand elle est bien accompagnée. Reste un chantier : agrandir. L'extension de la capacité d'accueil est estimée à 800 millions d'ariary. Un projet morcelé par étapes, en quête de partenaires. Chaque brique supplémentaire, c'est une porte ouverte de plus. Et dehors, des enfants qui attendent encore.

Tatiana Randriamanjakasoa

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Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

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