Aina Célestin Praxedo : Au bout du fil
25 juin 2026 // Arts Plastiques // 2029 vues // Nc : 197

Depuis quelques mois, ses tableaux enflamment les réseaux sociaux et la presse s'arrache ses portraits. Des célébrités malgaches aux icônes internationales — politiques, artistes, figures publiques — tout le monde finit par passer entre ses fils. Aina Célestin Praxedo fait du string art. Et il le fait comme personne.

Autodidacte. C’est un mot qu’il répète souvent, sans fausse modestie ni trop de fierté — juste comme une simple réalité. À 24 ans, Aina Célestin Praxedo étudie le jour, et le soir il crée des images. Sa première œuvre est née en décembre 2025, dans sa chambre à Toamasina, avec l’envie de décorer un mur. « Au début, c’était compliqué avec les matériaux », raconte-t-il. « Ma première pièce a mis cinq mois à voir le jour — pas par manque d’idées, mais parce que chaque clou, chaque centimètre de fil coûtait cher. Maintenant, le fil est devenu ma façon de m’exprimer », ajoute-t-il. Pour ça, il se sert de bois, d’une bâche, de clous et de fil noir. Pas de couleurs, pas de dégradés comme dans la peinture — juste la densité du fil qui crée des ombres, et les ombres qui donnent du volume. Regarder un travail de Praxedo, c’est d’abord voir une surface presque abstraite, une sorte de toile serrée qui semble vide de sens. Puis, en s’éloignant un peu, le visage se dessine — avec une précision qui étonne plus d’un. Le relief se devine, presque palpable. « Plus le fil s’empile en couches, plus l’ombre s’approfondit. C’est cette accumulation qui construit le relief », explique-t-il. On peut penser aux estampes japonaises, qui utilisent peu de moyens, mais offrent pourtant une grande richesse visuelle.

Le string art n’est pas quelque chose de nouveau. Dès la fin du XIXe siècle, la mathématicienne Mary Boole l’utilisait pour apprendre la géométrie aux enfants, en tendant des fils entre des clous pour créer des courbes, des angles ou des formes abstraites. C’était un moyen simple et intelligent d’apprendre. Praxedo a gardé cette idée de simplicité, mais il a abandonné la géométrie pour se fier plutôt à son instinct. Sa technique ? Il utilise une grille pour bien cadrer, mais c’est sa main qui fait tout, guidée par son ressenti. « La géométrie, ce n’est pas trop mon truc », dit-il en souriant. Son regard donne les ordres, sa main bouge avec fluidité, et l’improvisation reste assez contrôlée. Un portrait de 50x50 cm se fait en moins d’une semaine, souvent en un sprint de trois jours, mêlant habileté technique et concentration intense. S’il tire trop fort le fil, le visage se déforme. S’il ne tire pas assez, l’émotion disparaît. « L’idée, ce n’est pas juste que le portrait ressemble au modèle, mais qu’il dégage une vraie force. On a presque l’impression que le portrait peut nous parler », explique-t-il en reculant pour vérifier la perspective et ajuster les proportions.

Il compte six œuvres au compteur, chacune vendue à 200 000 ariary. « Ce n’est pas beaucoup pour l’instant, mais ça suffit pour affirmer un style et un rythme », explique-t-il avec assurance. Dans un monde saturé d’images immédiates, Praxedo adopte un slow art volontaire, où chaque fil relie le visage au souvenir. L’artiste a déjà trouvé son fil conducteur.

Tatiana Randriamanakajasoa

Contact Praxedo : 034 85 689 84

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir