Gilberte Annie Ravakiniaina : « Des emplois nouveaux (et bien payés) contre la déforestation »
7 août 2022 // Entreprendre // 7059 vues // Nc : 151

l’environnement est un des axes majeurs de la coopé- ration germano-malgache, nous rappelle le deuxième « Programme d’appui à la gestion de l’environnement » (Page 2/GIZ). Gilberte Annie Ravakiniaina, conseillère technique chargée de communication de Page 2, nous explique les enjeux d’une véritable économie verte pour le pays.

Qu’est-ce que Page 2 / GIZ ?
Page 2 est la deuxième phase d’un programme qui s’étalait de 2014 à 2020 et qui consistait à améliorer le cadre juridique et politique pour tout ce qui concerne la protection de l’environnement et de la biodiversité à Madagascar. Il se fait au sein de l’Agence de coopération internationale allemande pour le développement (GIZ). On peut dire que c’est l’un des plus grands programmes techniques bilatéraux entre Madagascar et l’Allemagne. Cette deuxième phase qui s’étend jusqu’en juin 2023 – se veut plus opérationnelle, elle met en œuvres les grandes orientations de Page 1. Elle vise notamment à trouver des sources de revenus alternatives pour les populations qui habitent autour des aires protégées et qui dépendent traditionnellement pour vivre des ressources naturelles qu’offre la biodiversité. Nous sommes convaincus que ce n’est pas en empêchant, de façon autoritaire, ces populations de couper les arbres ou d’incendier les forêts

(culture sur brûlis) que nous trouverons une solution à la déforestation. Il faut les intégrer comme des partenaires à part entière. Dans le Diana et le Boeny, Page 2 permet déjà à 6500 ménages de se doter de sources de revenus alternatives qui les détournent de l’exploitation de ces ressources naturelles menacées. Avec le cofinancement de l’Union européenne, l’État fédéral d’Allemagne a mis 21 millions d’euros dans cette deuxième phase du Page.

Le but étant d’installer une « économie verte » ?
Tout à fait, dans l’optique d’une gestion durable des ressources naturelles et d’une bonne gouvernance environnementale. Le programme développe ainsi des activités nouvelles comme la production de bois d’œuvre et de construction, de bois d’énergie, mais aussi de baie rose, de moringa, d’anacarde (noix de cajou, mahabibo). Nous soutenons également la production apicole dans ces deux régions. Le but est aussi d’aider ces paysans à écouler leurs productions, notamment avec le secteur privé. Grâce à ce programme, on a pu créer 70 centres ruraux pour la collecte et la commercialisation de charbon «vert». Plus de 7000 personnes, dont un tiers de femmes, ont pu bénéficier d’un emploi supplémentaire dans l’agroforesterie, c’est-à-dire une activité mêlant sur une même parcelle agricole, de façon équilibrée, arbres, cultures et élevage.

Quel est l’enjeu du « charbon vert » pour Madagascar ?
Le Page a alloué des centaines d’hectares de terrains reboisés afin que les charbonniers n’aillent plus chercher dans le noyau dur de l’aire protégée. À partir de cela, ils produisent un type de charbon plus propre. Ils utilisent des fours de carbonisation à chambre de combustion externe (Green Mad Retort ou GMDR) qui permettent d’avoir trois fois plus de rendement comparé aux méthodes classique, d’émettre moins de gaz à effet de serre et donc, au final, d’abattre moins d’arbres. Nous avons construits 46 de ces fours à Antsiranana et à Ambilobe.

Comment ces changements sont perçus côté paysans ?
En 2021, le « charbon vert » a généré plus de 8,1 millions d’ariary de revenu net par producteur. C’est évidemment très appréciable. De façon générale, la très grande majorité de nos partenaires (trois sur quatre) estiment que leurs revenus sont bien meilleurs ainsi. Dans la filière miel, les 231 apiculteurs que le programme a soutenus dans la région Boeny ont vu leur production doubler avec une production atteignant les 7 000 kilos. Idem pour les 200 paysans dans le Diana. À noter que parmi ces paysans, il y en a qui n’avaient jamais fait d’apiculture auparavant et d’autres qui ont bénéficié de formations pour renforcer leurs capacités. Rien que dans l’apiculture, 430 paysans ont été accompagnés depuis 2020 par le Page. À noter que quand on parle d’apiculture, cela concerne également la culture des plantes mellifères.

Quand les paysans revendent au secteur privé, qu’en est-il de la qualité de leurs produits et du respect des normes ?
Les conseillers techniques de Page 2 travaillent en permanence avec les paysans pour que les normes soient respectées. Des actions de suivi et des évaluations sont effectuées pour voir quels maillons de la chaîne de production sont encore à renforcer. Des formations en techniques de vente et en langue sont même prodiguées. Cela est plus facile pour instaurer des normes de production plus exigeantes, comme celles que demandent les entreprises privées, par exemple au niveau des calibres, de la périodicité et du packaging… C’est ainsi que dans le cadre de Page 2, les apiculteurs de Boeny et Diana ont pu établir des partenariats solides avec La Compagnie du miel, The Bee Keeper et la société Codal. Ceux qui se sont lancés dans la noix de cajou travaillent étroitement avec le groupement agricole Sahanala et avec la compagnie pétrolière Jovena qui pré- sente depuis deux ans leurs produits sur les rayons de ses stations-services. Pour ce qui est du moringa, la société Moringa Wave est un des principaux partenaires. Enfin, nos paysans participent sans complexe à des foires nationales et internationales aux côtés de firmes réputées.

Et après Page 2 ?
Nous espérons qu’une page ne sera pas tournée et qu’un Page 3 sera mis en œuvre dès juillet 2024, même si nous sommes d’ores et déjà persuadés que ces paysans disposent dorénavant d’une capacité de continuer durablement leurs activités sans nous. Le programme a travaillé de telle sorte qu’ils aient cette capacité de résilience, et nous sommes fiers du résultat.


Propos recueillis par Solofo Ranaivo

Mandaté par le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), le Programme d’appui à la gestion de l’environnement (Page) est sous tutelle du ministère de l’Environnement et du Développement durable de Madagascar, au sein de l’Agence de coopération internationale allemande pour le développement (GIZ). Auprès de quatre régions prioritaires, Page/GIZ collabore avec les ministères, les régions et les communes touchées par les domaines d’intervention suivants : l’énergie renouvelable, l’aménagement du territoire, les petites mines artisanales, la météorologie. Le programme intervient ainsi dans les régions Diana, Boeny, Atsimo Andrefana et Analamanga. Sur les 7 451 personnes touchées par le programme, voici leur répartition par secteur d’activité :
Charbon vert : 4 230
Anacarde (noix de cajou) : 1240
Miel : 920
Moringa : 730
Baie rose : 240
Bois d’œuvre et de construction : 91

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir