Aina Célestin Praxedo : Au bout du fil
25 juin 2026 // Arts Plastiques // 2623 vues // Nc : 197

Depuis quelques mois, ses tableaux enflamment les réseaux sociaux et la presse s'arrache ses portraits. Des célébrités malgaches aux icônes internationales — politiques, artistes, figures publiques — tout le monde finit par passer entre ses fils. Aina Célestin Praxedo fait du string art. Et il le fait comme personne.

Autodidacte. C’est un mot qu’il répète souvent, sans fausse modestie ni trop de fierté — juste comme une simple réalité. À 24 ans, Aina Célestin Praxedo étudie le jour, et le soir il crée des images. Sa première œuvre est née en décembre 2025, dans sa chambre à Toamasina, avec l’envie de décorer un mur. « Au début, c’était compliqué avec les matériaux », raconte-t-il. « Ma première pièce a mis cinq mois à voir le jour — pas par manque d’idées, mais parce que chaque clou, chaque centimètre de fil coûtait cher. Maintenant, le fil est devenu ma façon de m’exprimer », ajoute-t-il. Pour ça, il se sert de bois, d’une bâche, de clous et de fil noir. Pas de couleurs, pas de dégradés comme dans la peinture — juste la densité du fil qui crée des ombres, et les ombres qui donnent du volume. Regarder un travail de Praxedo, c’est d’abord voir une surface presque abstraite, une sorte de toile serrée qui semble vide de sens. Puis, en s’éloignant un peu, le visage se dessine — avec une précision qui étonne plus d’un. Le relief se devine, presque palpable. « Plus le fil s’empile en couches, plus l’ombre s’approfondit. C’est cette accumulation qui construit le relief », explique-t-il. On peut penser aux estampes japonaises, qui utilisent peu de moyens, mais offrent pourtant une grande richesse visuelle.

Le string art n’est pas quelque chose de nouveau. Dès la fin du XIXe siècle, la mathématicienne Mary Boole l’utilisait pour apprendre la géométrie aux enfants, en tendant des fils entre des clous pour créer des courbes, des angles ou des formes abstraites. C’était un moyen simple et intelligent d’apprendre. Praxedo a gardé cette idée de simplicité, mais il a abandonné la géométrie pour se fier plutôt à son instinct. Sa technique ? Il utilise une grille pour bien cadrer, mais c’est sa main qui fait tout, guidée par son ressenti. « La géométrie, ce n’est pas trop mon truc », dit-il en souriant. Son regard donne les ordres, sa main bouge avec fluidité, et l’improvisation reste assez contrôlée. Un portrait de 50x50 cm se fait en moins d’une semaine, souvent en un sprint de trois jours, mêlant habileté technique et concentration intense. S’il tire trop fort le fil, le visage se déforme. S’il ne tire pas assez, l’émotion disparaît. « L’idée, ce n’est pas juste que le portrait ressemble au modèle, mais qu’il dégage une vraie force. On a presque l’impression que le portrait peut nous parler », explique-t-il en reculant pour vérifier la perspective et ajuster les proportions.

Il compte six œuvres au compteur, chacune vendue à 200 000 ariary. « Ce n’est pas beaucoup pour l’instant, mais ça suffit pour affirmer un style et un rythme », explique-t-il avec assurance. Dans un monde saturé d’images immédiates, Praxedo adopte un slow art volontaire, où chaque fil relie le visage au souvenir. L’artiste a déjà trouvé son fil conducteur.

Tatiana Randriamanakajasoa

Contact Praxedo : 034 85 689 84

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