Vony Ranala : Le théâtre et son trouble
5 juin 2021 // Arts de la scène // 5954 vues // Nc : 137

Écrire, jouer, mettre en scène, danser, tel est l’univers artistique de Vony Ranala. Débordante d’énergie, elle aime expérimenter et réunir sur une seule scène ses différentes passions.

« Avant, quand on me demandait, pourquoi j’aime le théâtre, je répondais parce qu’on peut jouer à être quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, le théâtre me permet de comprendre en profondeur l’humain par rapport à un métier, un personnage, une émotion. Désormais, ça fait partie de ma manière d’exister et d’être au monde. » Vony Ranala a trouvé sa voix en créant Nouvelles Scènes Madagascar, un laboratoire artistique multidisciplinaire où se rencontrent la danse contemporaine, la musique, le slam et bien sûr le théâtre. L’idée de créer ce laboratoire a émergé grâce à la Cie Miangaly, dont elle est membre depuis près de 15 ans. « Nous étions à la recherche d’une autre façon de travailler sur les planches. De mon côté, j’étais toujours en retrait par rapport à la gestion d’un projet même si je donnais parfois des ateliers. Je me suis dit que c’était le moment de proposer ce que je voulais vraiment faire d’où la création de ce laboratoire en collaboration avec des amis artistes. C’est le terrain où je m’épanouis le plus ! »

De cette plateforme est née une de ses premières pièces, Ny sarisikotrao Madama ! (Votre sculpture Madame !) où elle est à la fois auteure, metteure en scène, comédienne et directrice artistique. Une création théâtrale alliant le slam, la danse contemporaine et le chant lyrique. « J’ai toujours eu une sensibilité à la musique lyrique qui se rapproche du schéma narratif dans toutes les formes de prestation artistique de spectacle vivant avec un début, un élément perturbateur… D’ailleurs, mes premières mises en scène étaient des extraits d’opéras et d’opérettes. » Vony Ranala n’a pas de mal à jongler entre son rôle de comédienne et de metteure en scène.  Pour elle, la mise en scène est un autre langage qui lui permet d’extrapoler et de donner une autre forme à un texte, un exercice très prenant mais très enrichissant. « Tant que mon rôle est défini, je m’amuse ! »

Et bien sûr, l’écriture tient une place importante dans son parcours et contribue à nourrir sa passion pour la scène. Elle tombe ainsi en amour pour le slam en 2007. Selon elle, son écriture d’une pièce de théâtre se rapproche beaucoup plus du style et du rythme de son écriture au slam. Elle ne fait pas partie de ses artistes engagées qui ont un combat à mener mais s’inspirent plutôt des thèmes qu’on lui propose ou qui lui sont personnels. Plutôt un positionnement qu’un engagement. Par exemple, pour sa pièce Lupa, elle fait référence à la vie des prostituées de son quartier des 67 ha. « J’y habite depuis toujours et j’ai vu un véritable changement. Il y a de plus en plus de prostituées, elles sont de plus en plus jeunes. Beaucoup parlent du côté social ou économique, mais moi j’ai voulu aborder la question du corps. »

D’abord présentée en solo, Lupa devient Lupa l’expo où elle travaille avec Tohy, une slameuse. « Refaire la pièce en solo était trop lourd. Je voulais y apporter une autre dimension en choisissant une autre langue, l’allemand. Le but n’est pas de traduire les textes mais plutôt de donner une nouvelle énergie au sujet. » Pour Vony, tout est expérimentation et pluridisciplinarité. « Je pense que j’ai trouvé ma manière d’être au monde en tant qu’artiste. »


Propos recueillis par  Aina Zo Raberanto

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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