Vony Ranala : Le théâtre et son trouble
5 juin 2021 // Arts de la scène // 8926 vues // Nc : 137

Écrire, jouer, mettre en scène, danser, tel est l’univers artistique de Vony Ranala. Débordante d’énergie, elle aime expérimenter et réunir sur une seule scène ses différentes passions.

« Avant, quand on me demandait, pourquoi j’aime le théâtre, je répondais parce qu’on peut jouer à être quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, le théâtre me permet de comprendre en profondeur l’humain par rapport à un métier, un personnage, une émotion. Désormais, ça fait partie de ma manière d’exister et d’être au monde. » Vony Ranala a trouvé sa voix en créant Nouvelles Scènes Madagascar, un laboratoire artistique multidisciplinaire où se rencontrent la danse contemporaine, la musique, le slam et bien sûr le théâtre. L’idée de créer ce laboratoire a émergé grâce à la Cie Miangaly, dont elle est membre depuis près de 15 ans. « Nous étions à la recherche d’une autre façon de travailler sur les planches. De mon côté, j’étais toujours en retrait par rapport à la gestion d’un projet même si je donnais parfois des ateliers. Je me suis dit que c’était le moment de proposer ce que je voulais vraiment faire d’où la création de ce laboratoire en collaboration avec des amis artistes. C’est le terrain où je m’épanouis le plus ! »

De cette plateforme est née une de ses premières pièces, Ny sarisikotrao Madama ! (Votre sculpture Madame !) où elle est à la fois auteure, metteure en scène, comédienne et directrice artistique. Une création théâtrale alliant le slam, la danse contemporaine et le chant lyrique. « J’ai toujours eu une sensibilité à la musique lyrique qui se rapproche du schéma narratif dans toutes les formes de prestation artistique de spectacle vivant avec un début, un élément perturbateur… D’ailleurs, mes premières mises en scène étaient des extraits d’opéras et d’opérettes. » Vony Ranala n’a pas de mal à jongler entre son rôle de comédienne et de metteure en scène.  Pour elle, la mise en scène est un autre langage qui lui permet d’extrapoler et de donner une autre forme à un texte, un exercice très prenant mais très enrichissant. « Tant que mon rôle est défini, je m’amuse ! »

Et bien sûr, l’écriture tient une place importante dans son parcours et contribue à nourrir sa passion pour la scène. Elle tombe ainsi en amour pour le slam en 2007. Selon elle, son écriture d’une pièce de théâtre se rapproche beaucoup plus du style et du rythme de son écriture au slam. Elle ne fait pas partie de ses artistes engagées qui ont un combat à mener mais s’inspirent plutôt des thèmes qu’on lui propose ou qui lui sont personnels. Plutôt un positionnement qu’un engagement. Par exemple, pour sa pièce Lupa, elle fait référence à la vie des prostituées de son quartier des 67 ha. « J’y habite depuis toujours et j’ai vu un véritable changement. Il y a de plus en plus de prostituées, elles sont de plus en plus jeunes. Beaucoup parlent du côté social ou économique, mais moi j’ai voulu aborder la question du corps. »

D’abord présentée en solo, Lupa devient Lupa l’expo où elle travaille avec Tohy, une slameuse. « Refaire la pièce en solo était trop lourd. Je voulais y apporter une autre dimension en choisissant une autre langue, l’allemand. Le but n’est pas de traduire les textes mais plutôt de donner une nouvelle énergie au sujet. » Pour Vony, tout est expérimentation et pluridisciplinarité. « Je pense que j’ai trouvé ma manière d’être au monde en tant qu’artiste. »


Propos recueillis par  Aina Zo Raberanto

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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