Tahiana Randriarimanana : Fidèle à ses ambitions
7 juin 2023 // Que sont-ils devenus ? // 5095 vues // Nc : 161

Entreprendre, c’est avoir des hauts et des bas. L’essentiel, c’est de ne jamais abandonner. En mai 2016, no comment® a réalisé un article sur Tahiana Randriarimanana lorsqu’il venait à peine de lancer la création de son entreprise. La même année, il est le lauréat de l’Anzisha Price qui récompense le meilleur entrepreneur africain. Huit ans après, nous avons voulu savoir où, en est-il, actuellement.

Le jeune entrepreneur a fait son bonhomme en est de chemin depuis ! En huit ans, ce qui n’était au départ qu’une petite organisation s’est transformée en une filiale qui pèse lourd. « Fiombonana est devenu un groupe. Si, à l’époque, il n’y avait que Fiombonana Fromage qui œuvrait dans l’élaboration de fromages et dérivés de produits laitiers, il est aujourd’hui composé de cinq entreprises à savoir : Fy’delikô dans les produits laitiers, Fy’delicoli qui est dans le transport de colis, Gasy Ah dans la plomberie, la

peinture et l’ouvrage métallique. Egalement, une entreprise spécialisée dans la publicité et Fy’delikô Events. Mais pour le moment, nous nous concentrons davantage sur Fy’delikô et Fy’delicoli, car ce sont les secteurs qui s’interconnectent le plus. » En effet, il vaut mieux choisir une bataille que l’on est sûr de gagner plutôt qu’être touche-à-tout pour n’aller nulle part. « Nous collaborons avec différents restaurants et pizzerias concernant nos produits laitiers, c’est pourquoi nous nous focalisons dessus. Dans notre production, nous avons pris la décision d’augmenter le volume au niveau des fromages : Gouda, Cheddar, Cheese Chocolate. Les autres, tels que les sirops sont mis en suspens. »

Ce qui est intéressant, c’est de constater que le business model de l’entreprise n’a pas changé, il s’est juste développé. Basé sur une économie collaborative à travers le Fiombonana, Fy’delikô s’étend au-delà des paysans de Faratsiho. « Nous essayons de collaborer avec le maximum de producteurs locaux issus de différentes régions. Actuellement, nous travaillons avec des paysans d’Andranomanelatra, Antsirabe et Toamasina. » Avec le temps, le fondateur de Fy’delikô a pris de l’expérience. On peut sans crainte dire qu’il est devenu un serial entrepreneur avec un sens des affaires aiguisé tel un katana japonais. « Nous avons arrêté de faire tourner certains kiosques et nous nous concentrons davantage sur la livraison. Le problème du premier modèle marketing, c’est qu’il faut attendre que les clients viennent et ce n’est pas optimal en termes de rentabilité. En optant pour la livraison, c’est nous qui allons directement vers les clients. »

Cependant, le parcours jusqu’en 2023 n’a pas été un long fleuve tranquille. Il a connu des moments difficiles et a dû se battre pour conserver son patrimoine.  « Au départ, je manquais d’expérience en management. Avant 2016, je n’avais pas un rond, et puis d’un coup, après avoir gagné le concours Anzisha Prize et 25000 dollars, je me suis retrouvé avec une énorme somme d’argent. À l’époque, j’étais obnubilé par ce chiffre en pensant que c’était illimité. Je m’étais ensuite reposé sur mes lauriers en ignorant que le vrai travail ne faisait que commencer. Je me suis éparpillé dans plusieurs projets qui m’ont conduit à la faillite. Là, j’ai commencé à paniquer. Moi, le jeune entrepreneur prometteur, était tombé bien bas et tout le monde connaissait ma situation. Il fallait que je trouve rapidement une solution pour relever ma situation financière. J’ai vendu la dernière voiture qui me restait, une Kangoo, afin de construire des kiosques ambulants pour vendre mes produits laitiers un peu partout en centre-ville. Et cette stratégie a fonctionné à la perfection. Arrivé en 2018, je me suis refait et la marque Fy’delikô était enfin solide. »

Selon lui, cette étape était nécessaire dans le développement de sa carrière, car ça lui a permis de reconnaitre qui étaient ses vrais amis et ceux qui n’étaient là que pour son argent. Ses affaires marchaient très bien jusqu’à ce que la pandémie de Covid-19 ne le prenne de court, une nouvelle fois. « C’était le deuxième coup dur, car nos principaux clients, à savoir les restos et pizzerias étaient fermés. Il fallait également remédier à cette solution et nous avons concocté une stratégie qui s’est également avérée payante. Nous avons acheté des bicyclettes pour effectuer des livraisons. En l’espace de six mois, après le début de confinement, nous avons pu acheter une voiture et quelques motos. » Pour Tahiana Randriarimanana, la plus grande leçon qu’il a apprise au cours de ces dernières années, c’est que la vie a toujours quelque chose à nous enseigner. « Nous sommes et serons toujours des disciples de la vie. Chaque situation, chaque personne que l’on rencontre a toujours quelque chose à nous apporter. Il y a également le fait de ne jamais se reposer sur ses lauriers, toujours avoir soif de connaissance et s’adapter à tous les aléas possibles. »

Avec tout ce qu’il a traversé, nous lui avons demandé s’il était arrivé au stade d’accomplissement de sa vie. « Je ne suis pas encore là où je veux être, car je sais que je peux aller encore plus loin. C’est peut-être bizarre de le dire, mais j’ai l’impression de commencer. Lorsque j’atteindrai un certain degré de professionnalisme, là, je pourrais dire que j’aurais atteint mon objectif. Lorsque j’avais commencé en 2016, j’avais des rêves plein la tête et la plupart des gens se moquaient de moi. Aujourd’hui, j’ai réalisé la plupart de mes rêves d’antan. Ce que je veux dire, c’est que tout est possible. Il suffit d’avoir une bonne idée et s’entourer des gens capables d’atteindre cet objectif. » Pour la suite de son aventure, le jeune entrepreneur voit les choses en grand ! « Notre prochaine étape est de nous implanter à l’internationale. Beaucoup de personnes me demandent pourquoi je n’ouvre pas de points de vente partout à Madagascar. À vrai dire, c’est beaucoup trop d’investissement et la rentabilité ne sera pas forcément au rendez-vous. Au lieu de cela, ouvrir une boutique Fy’delikô, par exemple à Dubaï, me paraît plus bénéfique. On espère réaliser ce projet pour 2024. »

Propos recueillis par  Girard Ravelomanantsoa

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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