Du 17 au 19 juillet prochain, la plage de Ramena, à Antsiranana, accueillera la première grande régate de boutres à Madagascar — une course inédite, sportive et culturelle, qui met à l'honneur un patrimoine maritime unique au monde. Trente-six équipages, 144 marins, 34 kilomètres de baie à conquérir.

Il y avait des régates à Antsiranana en 1904. Des photos en témoignent encore — des vazaha qui s'affrontaient dans la baie pour le 14 juillet, sous les alizés du sud-est. Cent vingt ans plus tard, Geoffrey Gaspard, vice-président de l'office du tourisme de Diego et fondateur de Koezy Company, remet les voiles à l'eau. Mais cette fois, ce sont les marins du Nord qui prennent le large. Le Sookany Trophy, c'est la première régate de boutres jamais organisée à Madagascar sur une distance de compétition réelle. « Les alizés soufflent très fort en juillet. C'est pour ça qu'on a choisi ces dates », explique l'organisateur. Le parcours — départ et arrivée à Ramena, tour complet de la baie — couvre 34 kilomètres, bouclés en deux heures trente à trois heures selon les conditions.

Le boutre, ou botry, est une embarcation à voile unique au Nord de Madagascar. Neuf à dix mètres de long, plusieurs tonnes, il ne ressemble à rien de ce qu'on voit plus au sud. Ce n'est pas un balancier, ce n'est pas une pirogue — on peut y mettre trente personnes et des centaines de kilos de lest pour équilibrer la gîte. La manœuvre du virement de bord est un exercice à part entière : la vergue — la pièce de bois qui porte la voile — doit être portée en courant d'un bout à l'autre du bateau pendant que l'embarcation pivote dans la fenêtre précise du vent. Trop tôt, la voile s'emballe. Trop tard, le bateau chavire. « Ce n'est pas tourner comme une voiture », résume Geoffrey Gaspard. Même les marins les plus expérimentés d'ailleurs ne sauraient pas manœuvrer ce type d'embarcation. C'est culturel autant que technique — un savoir transmis de père en fils, de mère en fille. Une équipe parmi les 36 a d'ailleurs une femme comme capitaine. Les règlements ont été fixés de concert avec les participants eux-mêmes parce que c'est leur course, leur bateau, leur mer.
Pour ce qui est du format, il y aura trois courses le premier jour avec 36 boutres, trois le deuxième avec 30, puis petite finale et grande finale le troisième jour à 24 embarcations — douze par finale, trois grands gagnants au total. Les prix sont à la hauteur de l'enjeu avec dix millions d'ariary pour le premier, cinq pour le deuxième. La sécurité en mer est assurée par dix bateaux en permanence, en collaboration avec la base navale d'Antsiranana. Le règlement est explicite : si deux marins tombent à l'eau, la course continue. Si un troisième tombe, le boutre s'arrête. Sur une baie où l'océan Indien s'engouffre par la passe, ce n'est pas une clause de style. Dix mille visiteurs sont attendus sur les trois jours.
Solofo Ranaivo