En mai dernier, lors des Championnats d'Afrique disputés à Accra au Ghana, Sitraka Alban a arraché de sa main gauche une médaille d'or — puis de la droite, une autre. Deux titres continentaux dans la même semaine, en para-armwrestling. Une performance qui offre à Madagascar un rang continental important en athlétisme adapté, et qui ne doit rien au hasard.
Victoire gagnée haut la main — l'expression n'a jamais été aussi littérale. Sitraka Alban, 33 ans, père de trois enfants, s'est imposé dans les deux catégories du tableau — left arm et right arm — avec une autorité qui a surpris jusqu'aux poids lourds sud-africains et ghanéens, terrassés par pin direct, ce plaquage net qui ne laisse aucun recours à l'adversaire.

Ce qui frappe d'abord, c'est la puissance des membres supérieurs — des avant-bras qui semblent taillés pour ce sport. Ce n'est pas un hasard. Sitraka est atteint d'un handicap au niveau des membres inférieurs depuis l'enfance. « Je me déplaçais avec mes mains car je n'arrivais pas à suivre le rythme en marchant. Sans le savoir, cela a renforcé mes mains », confie-t-il. À 9 ans, il terrasse déjà des élèves de terminale lors de duels improvisés dans la cour d'école.
Repéré par les médias en 2015 via l'émission Over the Top, il intègre le circuit professionnel et gravit les échelons jusqu'à devenir une figure incontournable de la discipline, aux côtés de Tahiana Étienne. En 2023, un premier titre africain au Ghana avait déjà signé son entrée dans la cour des grands. Mais 2026 semblait hors de portée — accaparé par son quotidien professionnel, il n'avait pas prévu de concourir.
« Un mois avant, la Fédération m'a appelé pour représenter Madagascar. J'ai promis au Président que je reviendrais avec la victoire », explique-t-il. Pour tenir parole, réveil à 3h du matin, entraînement spécifique. « Le bras de fer n'est pas de la musculation classique. Il faut renforcer les tendons, des doigts jusqu'au dos. C'est un sport de contact où le risque de fracture est réel. »
Sur la table, Sitraka est un tacticien autant qu'un athlète. Il alterne le hook — ce crochet en puissance pure qui épuise l'adversaire — et le toproll, cette technique subtile consistant à ouvrir les doigts de l'opposant pour prendre l'avantage sur le levier. Deux armes, deux bras, deux médailles. « Même face aux personnes valides, je suis sûr que j'aurais raflé la médaille. Quand je dis que je peux vaincre, je peux. » Il le prouve. Et pour la suite, il projette d'ouvrir une salle dédiée au bras de fer — avec une priorité claire. « Ce sera gratuit pour les personnes en situation de handicap. » Une façon de boucler la boucle, et de prouver une dernière fois que la vraie force ne loge pas seulement dans les bras.
Tatiana Randriamanakajasoa
Contact Sitraka Alban : 038 87 544 68