Tous les jours à 12h25, depuis 34 ans, une voix s'allume sur la radio nationale. Quatre-vingt-dix secondes. Un éclat de rire. Et des milliers d'auditeurs qui ne changent pas de station. Dadavy a inventé quelque chose d'assez rare : un rendez-vous.

Il y a des émissions qu'on écoute. Et puis il y a celles qu'on attend. « Sary Indray Mipika » est de la deuxième catégorie — celle qui s'installe dans une vie, dans une habitude, dans un réflexe de midi, comme le journal télévisé ou le café du matin. Sauf que là, c'est drôle. Derrière ce rendez-vous quotidien, diffusé du lundi au vendredi sur les ondes de la radio nationale, se cache Ranaivoarivelo Randriantsoavina David Jean, alias Dadavy. Un artiste formé à l'ancienne — chansonnettes, clowneries, pantomime, danses burlesques — qui a commencé à prêter sa voix aux studios de Tananarive bien avant que l'émission n'existe. « J'étais un enfant bavard, espiègle, toujours à observer les spectacles », se souvient-il. À dix ans, il enregistrait déjà pour l'émission Ny Lalaontsika Rankizy, prêtant sa voix à des coqs, des histoires, des mélodies.
En 1992, Jean Claude Andrianaivo, alors directeur de Radio Madagascar, cherche une idée simple mais efficace : créer un programme capable de retenir les auditeurs sur les ondes jusqu'au journal de 12h30. Plusieurs artistes sont auditionnés.
C'est Dadavy qui est retenu — pour sa capacité unique à faire rire tout en racontant des scènes de la vie quotidienne. « Il fallait que l'émission soit drôle, intelligente et capable de maintenir les auditeurs jusqu'au journal », résume-t-il. Mission accomplie depuis 34 ans, ce qui dans le paysage radiophonique malgache relève de l'exploit — et dans n'importe quel autre paysage, aussi.
Le principe tient en une ligne : Dadavy prend une banalité du quotidien, la retourne, joue plusieurs personnages à la fois, et conclut sur une chute qui fait mouche. Quatre-vingt-dix secondes chrono. Plus de 12 000 histoires créées à ce jour. Chaque épisode est un miroir tendu à la société malgache — sans lourdeur, sans leçon appuyée, juste ce léger décalage qui fait que l'on rit de soi-même sans s'en rendre compte. Molière procédait à peu près de la même façon, mais avec plus de moyens. « Je n'ai jamais eu peur de créer, d'inventer, de faire rire tout en racontant quelque chose de vrai », confie Dadavy. À l'approche de ses 60 ans de carrière, il continue d'alimenter le programme avec la même régularité tranquille — celle de quelqu'un qui a depuis longtemps compris que la durée est une forme d'excellence.
Lucas Rahajaniaina
Contact : 032 02 437 67
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