Razaka Ralphine « Les handicapés ne connaissent pas leurs droits »
6 décembre 2021 // Assos // 6093 vues // Nc : 143

À Madagascar, les handicapés font encore face à de nombreux problèmes comme le manque d’accès aux soins, à l’éducation, le manque d’infrastructures adaptés à leur handicap, comme nous l’explique Razaka Ralphine, présidente du Réseau national des femmes handicapées de Madagascar.

Il n’existe pas de chiffres exacts sur le nombre de personnes handicapées à Madagascar ?
C’est un sujet qui n’intéresse pas les gens, donc nous n’avons pas de chiffres officiels.
Il faut savoir qu’il y a quatre grands types de handicap, physique, visuel, auditif et mental. Mais il y a également des handicaps qu’on ne prend pas en compte, comme l’autisme.
Dans les pays développés, les personnes atteintes d’AVC (accident vasculaire cérébral) sont considérées comme handicapées et l’acceptent. À Madagascar, on ne les classe pas comme telles.   

Comment définir le handicap ? 
C’est une indisposition d’un ou plusieurs organes chez un individu, qui bloque sa capacité à effectuer les gestes du quotidien. Le handicap est incurable.
En revanche, le terme « personne en situation de handicap » veut dire que c’est passager.

Comment sont perçus les handicapés au sein de la société malgache ?
Les personnes handicapées partagent le même problème : le manque de considération vis-à-vis de l’État et de la société, je dirais que c’est du dédain. Il y a également le manque d’éducation, car dans la plupart des cas, les écoles sont loin et il est difficile pour une personne handicapée de se déplacer.

Pourtant, une loi existe ?
Il y a la Loi n° 97-044 du 2 février 1998 sur le droit des personnes handicapées à Madagascar mais elle est insuffisante. La plupart des personnes handicapées et même les responsables politiques ne connaissent pas son contenu ! De plus, les pays sous-développés n’ont pas de représentants dans les différentes réunions mondiales, continentales ou régionales contre le handicap, même si Madagascar est financé par Handicap International, une association qui agit dans les situations de pauvreté et d’exclusion aux côtés des personnes handicapées.

C’est là où vous entrez en jeu…
Il fallait un représentant pour aller à New York et j’ai été choisie parce que je correspondais aux critères exigés par les bailleurs. Nous avons vu tous les aspects de la Convention qui été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2006. Mais pour qu’elle soit applicable, il faut d’abord la ratifier. À mon retour à Madagascar, j’ai plaidé pour cette Convention qui n’a été ratifiée par notre pays qu’en 2015, dix ans plus tard ! Le ministère de la Population a finalement mis en place un comité interministériel et nous avons pu exiger que chaque fois qu’il y aurait des discussions sur le handicap, nous devions être convoqués.

« Les pays pauvres n’ont pas de représentants dans les différentes instances contre. le handicap »

Aujourd’hui, cette convention est-elle appliquée ?
Malheureusement, non, même si je suis devenue entretemps le responsable des personnes handicapées et des personnes âgées au sein du ministère de la Population, de la Protection sociale et de la Promotion de la Femme, ce qui était déjà un grand pas. Nous pouvons nous battre, non plus dans la clandestinité, mais ouvertement. J’ai quitté le ministère car la direction où j’étais a été abrogée, donc rien n’a vraiment été fait.

Et depuis ?
J’ai pris une retraite anticipée pour me consacrer aux associations et j’ai constaté que les personnes handicapées à Madagascar manquent de soins, de nourriture et de connaissances en matière de droit. Par exemple, aux Pays-Bas, l’équipement pour les personnes handicapées comme les fauteuils roulants, les appareils auditifs ou orthopédiques est pris en charge par l’État. Madagascar et de nombreux pays africains sont encore loin derrière.

Parlez-nous de la Plateforme des fédérations des personnes handicapées ?
Elle est à Madagascar l’interlocuteur officiel auprès de l’État, des bailleurs, des organisations internationales et des organisations des droits de l’Homme. J’ai aussi pris l’initiative de créer le Réseau national des femmes handicapées de Madagascar (RNFHM), car si nous avons des droits communs, nous savons que les femmes ont des besoins spécifiques. La lutte est encore longue.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Cinéma : Hary Joël rallume l’écran avec Anjiro

Lire

2 mars 2026

Cinéma : Hary Joël rallume l’écran avec Anjiro

Couronné Zébu d’or lors de la 20ᵉ édition du Madagascourt Film Festival, The Anjiro de Andriaminosoa Hary Joël Rakotovelo s’est distingué par un unive...

Edito
no comment - Prêt à offrir

Lire le magazine

Prêt à offrir

Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

"Taom-baovao" de l'IFM

"Taom-baovao" de l'IFM, le samedi 24 janvier

no comment - "Taom-baovao" de l'IFM

Voir