Quelles sont les chances que vous soyez atteint de trouble mental ? Personne ne le sait à l’avance. Depuis 2021, l’association Psy-kôzy Madagascar s’est donné pour mission d’ouvrir la discussion, de lever les silences et de combattre les stigmatisations. Sa présidente, Cathia Mamison, étudiante en psychologie sociale et interculturelle, livre les détails.

Comment abordez-vous la santé mentale ?
Notre objectif est avant tout de sensibiliser et d’informer, afin d’agir en amont. Aujourd’hui, l’association intervient dans les écoles, les hôpitaux, mais aussi à travers une cellule d’écoute pour prévenir. La réalité à Madagascar montre que les soins médicaux seuls ne suffisent pas. Au-delà du traitement, il faut penser à la réinsertion sociale, car la stabilité psychique passe aussi par des conditions de vie décentes. Sur le long terme, nous envisageons la création d’un centre ressource de réhabilitation psychosociale. Il réunira des professionnels de plusieurs disciplines, travaillant à la fois avec les patients et leurs familles, dans le cadre clinique et hospitalier. Il s’agira aussi de remédiation cognitive, car les troubles laissent des séquelles sur la mémoire, le sommeil ou la capacité de décision. La réinsertion professionnelle et une cellule d’écoute feront également partie du dispositif. Ce projet prendra du temps, mais nos membres se forment déjà au centre de réhabilitation psychosociale de Lyon. Cette année encore, nous célébrons les cinq ans de l’association.
Mais qu’est-ce que la santé mentale ?
Nous nous appuyons sur la définition de l’Organisation mondiale de la santé : un « état de bien-être » qui permet à une personne de réaliser son potentiel, de faire face au stress quotidien, de travailler de manière productive et de contribuer à sa communauté. Contrairement aux idées reçues, la santé mentale ne se résume pas à l’absence de trouble. Se sentir bloqué, « sans issue », peut déjà être un facteur de vulnérabilité psychique. Le terme adala (fou/folle) renforce cette stigmatisation, comme si le corps et l’esprit étaient séparés. Or ils sont intimement liés. La « folie » reste une représentation sociale, et la seule réponse durable, c’est la sensibilisation, même si cela prend du temps.
Quel environnement serait idéal pour un patient ?
Un environnement de soin complet, incluant la famille, le milieu professionnel et l’entourage. Cela passe par des suivis psychiatriques, psychologiques et neuropsychologiques, mais aussi par une approche sociale et personnelle. La culture, l’éducation et même les choix budgétaires influencent fortement la santé mentale. Aujourd’hui, la situation est préoccupante : nous sommes passés d’environ 23 psychiatres en 2023 à seulement 11 pour toute l’île. Face à cela, Psy-kôzy veut apporter écoute, réconfort et accompagnement. Nous sommes une trentaine de membres et restons accessibles via nos appels sur les réseaux sociaux.
Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa
Facebook: Association Psy-kôzy Madagascar
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